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Le 25 mai 2004



Les médicaments dans les centres jeunesse
Molécules orthopédiques

(ASP) - Une petite pilule pour calmer, une petite pilule pour corriger l'humeur fluctuante, une petite pilule pour... Et en institution, deux à trois fois plus qu'ailleurs. "Un expédient commode qui remplace les autres interventions", soutient Denis Lafortune, du Centre international de criminologie comparée de l'Université de Montréal.

Le chercheur en psychologie s'est attardé à l'utilisation des psychotropes dans les centres Jeunesse du Québec. Une étude qu'il rendait publique récemment lors du congrès de l'ACFAS. "La médication est perçue comme une mesure stabilisatrice par les éducateurs: comme une bonne paire de lunettes ou comme des semelles correctrices." Mais ils ne s'en posent pas moins des questions sur la légitimité de toutes ces pilules.

La vie des centres n'est pas toujours simple à gérer. Dans les foyers de groupe, entre 80 et 100% des jeunes –6 à 12 ans– sont médicamentés, les garçons comme les filles. Le contexte du suicide est particulièrement délicat. Un jeune suicidé sur trois serait connu des centres jeunesse.

C'est d'ailleurs la plainte faisant suite au suicide d'un jeune homme placé dans un centre de jeunesse de Laval, en 1997, qui a engendré différents comités (dont le Comité Action Jeunes) et un rapport, Le suicide chez les usagers des centres jeunesse (1999). Ce document s'interroge sur la présence de maladies mentales chez ces jeunes et a entraîné différentes mesures sur le terrain.


Des éducateurs et des psychotropes

Les éducateurs, a constaté Denis Lafortune, jugent que les jeunes ont changé : "ce ne sont plus des jeunes caractériels, mais des jeunes avec des troubles de comportements"; ce qui rend l'intervention plus complexe. Les éducateurs se voient dans un rôle d'éclaireur, d'accompagnateur et lorsqu'il y a une urgence, c'est plutôt à un "expert" d'intervenir. En cas de tentative de suicide, c'est le médecin qui juge de la dangerosité.

Face à l'expertise médicale, les éducateurs émettent pourtant quelques doutes : "un médecin n'est pas un psychiatre", "les spécialistes soignent la maladie, pas le vécu"... La plupart des éducateurs manquent d'informations sur les médicaments qu'ils administrent, ce qui fait surgir la crainte de surdose, de mélange, et même d'un usage hédoniste. Dans la majorité des cas, administrer une pilule devient un ordre auquel ils se plient.

"Le protocole d'intervention est vu comme une "assurance responsabilité". Lorsque la médecine se met en branle, comme en cas de tentative de suicide, ce n'est alors plus notre rayon, soutiennent les éducateurs", rapporte Denis Lafortune. Le chercheur soutient que la situation crée quelques tensions –autorité, perception de la hiérarchique, etc. Deux visions s'affrontent: celle du terrain et celle du laboratoire; le tout, doublé d'une démission des éducateurs face à une pharmacothérapie sur laquelle ils n'ont aucune prise.

 

Des liens...

"Aspects sociaux du recours aux médicaments psychotropes dans l'intervention auprès d'adolescents placés dans les Centres Jeunesse"

"Le suicide chez les usagers des centres jeunesse - Il est urgent d'agir!", Rapport préparé par le comité formé de représentants de l'Association des centres jeunesse du Québec, du Collège des médecins du Québec et du Protecteur du citoyen, Avril 1999

Isabelle Burgun

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