11 mai 2006
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Forêts hybrides

(Agence Science-Presse) - La culture d'arbres sélectionnés artificiellement à des fins commerciales ne date pas d'hier. Elle permet d'épargner les forêts naturelles et assure un approvisionnement accru en bois. Mais il resterait à évaluer les impacts génétiques de cette pratique.

"Nous avons identifié des hybrides de première génération mais il nous reste à comprendre comment cela se produit", annonce la Dr Nathalie Isabel, généticienne et chercheure en foresterie au Service canadien des forêts. Elle présentait les résultats des plus récents travaux aux Midis de la foresterie de l'Université du Québec en Abitibi Témiscamingue.

>Exit tout romantisme, les forêts actuelles ne ressemblent plus aux forêts d'antan. Celles d'avant la colonisation et de la pratique de la ligniculture (culture intensive des arbres dans le but d'en maximiser la production).
Depuis plus de 30 ans, le Canada a recours à la
culture d'arbres sélectionnés pour leurs
caractéristiques (grande production de matière
ligneuse et croissance rapide), ainsi qu'à l'importation
d'espèces exotiques connues pour leurs performances.

Alors que les forestiers s'alarment devant ce qu'ils qualifient de pénurie d'approvisionnements en bois au Québec, on s'attend à un recours plus intensif cette pratique.

Déjà, les colons importaient il y a plus de 200 ans des peupliers d'Europe, tel
le peuplier de Lombardie, pour des raisons ornementales
ou brise-vent comme dans les provinces de l'Ouest,
principalement en Saskatchewan et en Alberta.

Le pollen ne connaît pas de frontière

Doit-on pour autant craindre une pollution
génétique qui décimerait les populations
indigènes ? "C'est un risque qu'il nous faut
envisager. Pour l'instant nous sommes encore à
nous demander quels sont les effets des gènes transmis
d'une espèce à l'autre. Peuvent-ils modifier
des caractéristiques importantes, comme l'adaptation
à notre rude climat?
", demande la Dr Isabel.

Cette généticienne participe, au sein du Centre de foresterie des Laurentides, au programme de recherche sur la reproduction cellulaire et l’évolution. Ses travaux portent principalement sur la mise au point de marqueurs moléculaires de gènes de plusieurs espèces d’arbres, sur des méthodes d’estimation de la diversité génétique et sur l'étude du transfert de gènes entre les espèces d’arbres exotiques et indigènes.

À visiter

Centre de foresterie des Laurentides

La page web du Dr. Nathalie Isabel, chercheure scientifique, génétique moléculaire, Ressources naturelles Canada

Les biotechnologies dans le secteur forestier par la FAO

Devant la possible contamination génétique
des espèces locales par les espèces exotiques,
l'équipe de recherche a prélevé des
échantillons autour des plantations d'arbres afin
de dépister les hybrides de 1ère
génération. Les premiers résultats montrent par exemple que les peupliers sont plus sensibles à l'hybridation que les mélèzes.

"De 6 à 26% des peupliers présentent
des taux d'hybridation contre 4% pour les mélèzes
"
révèle la généticienne. Le taux d'hybridation serait encore plus important lorsque, sur le terrain, on note la cohabitation de nos deux peupliers
indigènes. La première piste d'explication
est qu'une faible séparation géographique
et une moindre divergence entre les espèces favorise l'hybridation.

De plus, les scientifiques ont découvert
que les espèces exotiques et les hybrides sélectionnés
présentent une croissance supérieure aux
espèces indigènes, ce qui leur donne un avantage supplémentaire.

Les peupliers en tête

Enfin, "le pollen voyage moins bien chez les conifères, comme les mélèzes,
que chez les engiospermes, comme le peuplier
", explique la Dr Isabel.

Pour mieux comprendre ce qui se passe, son
équipe s'affaire à élaborer des marqueurs génétiques pour distinguer aisément
les contributions génomiques venues d'espèces
exotiques et celles venues d'espèces indigènes.
Chez les hybrides de 1ère génération,
ils ont repéré une douzaine de marqueurs.
Pour les hybrides de seconde génération,
près d'une centaine de marqueurs seront observés.

Le peuplier compterait environ 40 000 gènes
contre 100 000 pour l'épinette. Le Canada est le
pays du monde le plus riche en peupliers indigènes
(Populus); cinq sur les 40 espèces connues.
De plus, il possède 35% des 80 millions d'hectares
de peupliers de la planète. Le tremble (Populus
tremuloides
) et le peuplier baumier (Populus balsamifera)
se rencontrent dans tout le Canada. Les nombreux croisements
et hybridations rendent la classification de plus en plus difficile.

Isabelle Burgun