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À côté des "vieux"
problèmes plus généraux l'accès
aux renseignements personnels, l'utilisation de
placebo, de tissus ftaux ou de cellules souches
la liste de ceux qui apparaissent à lhorizon
est longue : améliorations thérapeutiques
de l'humeur ou de la vigilance, traitements préventifs
des délinquants, etc. "Est-ce que cela
est acceptable ? questionne Richard Brière.
Que doit-on retenir comme modèle de la
normalité ? Les neurosciences vont-elles
restreindre la diversité humaine ?" Ou
encore la bouleverser avec la naissance des chimères,
comme avec ce transfert de cellules humaines dans
le cerveau de macaques...
Les nouvelles frontières
Si les lignes directrices des IRSC
pour la recherche sur les cellules souches interdisent
la manipulation d'embryons et de ftus humains
et non-humains, la loi canadienne de 2004 sur les
biotechnologies, elle, ne détaille pas les
interdits de la même manière, entrouvrant
la porte à la création de chimères.
"Elle ne parle pas des embryons
des autres espèces et les recherches financées
par le secteur privé ne sont de toutes façons
pas soumises aux mêmes lignes directrices
", insiste Françoise Baylis, titulaire de
la Chaire de recherche du Canada en bioéthique
et philosophie, à lUniversité
Dalhousie.
La loi canadienne autorise l'usage
des cellules souches jusqu'à 14 jours et
les nouvelles avenues pour tenter de traiter l'Alzheimer
et les autres maladies dégénératives
intéressent bien des scientifiques... ainsi
que les patients et leurs familles. "Le discours
des chercheurs est le suivant : vous voulez ces
traitements, vous devez nous donner l'autorisation
de procéder" dénonce Françoise
Baylis.
"Tout est présenté
comme si le développement d'une bonne méthodologie
de recherche peut garantir de poursuivre la recherche
dans ce sens. Je trouve leurs arguments défectueux
et j'attends dêtre convaincue."
Où on parle d'apocalypse
Le développement de la biologie
divise les sociétés, pense Hubert
Doucet, professeur aux facultés de théologie
et de médecine ainsi que directeur des programmes
de bioéthique à l'Université
de Montréal. Deux discours cohabitent, entre
espoir et cauchemar. Le premier annonce que nous
sommes en route vers une post-humanité à
laquelle les neurosciences vont contribuer. "En
comprenant mieux le cerveau et ses fonctions, nous
allons ainsi entreprendre la conquête de l'esprit.
Ceux qui entretiennent ce discours pensent que le
corps est une machine que l'on doit reconstruire
pour pouvoir dépasser les limites. "
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La
loupe des médias
Quelles
décisions prendre avec les technologies touchant
aux sciences du cerveau ? " Je pense que
les médias ont un rôle dans le débat ",
annonce Éric Racine. Le chercheur de l'université
Stanford, du Center for Biomedical Ethics, rapportait
les conclusion de deux études dans le cadre
du colloque de l'ACFAS consacré à
La neuroéthique (voir autre texte).
Pour
découvrir ce qui circule sur les neurosciences
dans la sphère publique, il a épluché
132 articles de la presse internationale, du Washington
Post au Scientific American. Le ton s'avère
majoritairement optimiste (72%). Et presque un article
sur quatre (23%) présentait au moins un enjeu
scientifique et éthique. "À comparer
avec le ton très optimiste des articles des
revues spécialisées, dans 91% des
cas", rapporte le chercheur.
Éric
Racine rassemble le tout sous trois concepts. Tout
d'abord, le neuro-réalisme. "On voit l'imagerie
médicale et on pense que c'est vrai. La recomposition
de l'image reste masquée et les titres des
articles sont souvent excessifs". Les journalistes
omettent souvent de préciser des informations
essentielles comme l'échantillon alors
que "le nombre de sujets est souvent faible dans
ce genre d'études" les conflits d'intérêt,
les sources de financement, etc.
Puis,
le neuro-essentialisme. Dans ces articles, on a
tendance à réduire lidentité
personnelle au cerveau. "Le cerveau remplace le
sujet".
Enfin,
la neuro-régulation. "La neuro-imagerie fournit
une fenêtre sur le cerveau". De plus
en plus, on se sert de l'information sur les imageries
par résonance magnétique (IRM) pour
influencer les décisions touchant les technologies.
Une tendance qu'il retrouve fortement dans Internet.
Les sites, très complets et avec de nombreux
témoignages, se consacrent à la neuroimagerie,
la neuropharmacologie et les neuro-produits naturels.
"Ce média est de plus en plus utilisé
pour commercialiser les neurosciences. On réchauffe
le consommateur pour qu'il réclame le produit
dans le cabinet de son médecin", tranche
Éric Racine. Une tendance à mettre
en perspective avec l'augmentation du nombre d'appareils
d'IRM acquis par le secteur privé au Canada.
À
visiter :
Groupe
consultatif interagences en éthique de la
recherche :
Chaire
de neuroéthique du Canada
Société
canadienne de bioéthique
Institut
des neurosciences, de la santé mentale et
des toxicomanies à l'Institut de recherche
en santé du Canada
Le
cerveau à tous les niveaux
Suggestions
de lecture
Hubert
DOUCET, Au pays de la bioéthique Labor
et Fides , 1996.
"Neurosciences
et Neuroéthique : des cerveaux libres et
éthiques", par Hervé Chneiweiss,
ALVIK éditions, le 9 mars 2006
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