Biométrie: la
fin de la vie privée?
(Agence Science-Presse) - Reconnaissance
de la voix, géométrie de la main ou profil
ADN: la biométrie fait rêver tous les
amateurs de romans policiers. Larrivée de
tels dispositifs est inéluctable, mais la société
peut choisir d'en contrôler ses écarts. Car
ses détracteurs craignent le pire : la société
du Big Brother et la disparition de la vie privée.
La biométrie, c'est lensemble
des moyens techniques pour reconnaître une personne
à partir de ses caractéristiques biologiques
ou comportementales. Elle
sinfiltre déjà : dans certaines
zones daéroports ou dans les hôpitaux
où elle contrôle laccès aux
réserves de médicaments, par exemple.
" Je crois que nous sommes à
un point tournant. Les choix que lon va faire sur
la sécurité vont modifier la façon
dont la société va fonctionner dans les
années à venir ", affirme Benoît
Gagnon, professeur à l'UQAM et membre
de la Commission de léthique de
la science et de la technologie, qui tenait en octobre
un colloque d'une journée sur la question.
Liberté et sécurité
Le principal argument de vente des compagnies
de biométrie est le terrorisme, surtout depuis
le 11 septembre 2001. " À partir de là
se sont engagées une série de transformations
profondes", explique Benoît Gagnon. Maintenant,
les gens ont peur, ils sont près à laisser
tomber un peu de leur précieuse liberté
pour la sécurité que procure la biométrie.
Cette sécurité est-elle réelle?
Pas pour prévenir les actes terroristes, croit-il.
Ces gens-là mènent une vie normale, ils
ont des amis, une famille. " Ces gens sont légitimes
et le système va les détecter comme légitimes ",
explique Benoît Gagnon. " Aucun système
de sécurité n'est infaillible, même
que certains donnent plutôt une illusion de sécurité ",
croit Richard Jolin, de lAdministration canadienne
de la sûreté du transport aérien.
Bonjour la planète
Même dans la lutte au quotidien contre
le crime, la biométrie entraîne des problèmes:
elle met en péril la présomption dinnocence,
ce concept qui veut quune personne soit présumée
innocente jusquà preuve du contraire. " La
biométrique demande au citoyen un niveau supérieur
de transparence. Les renseignements demandés proviennent
de ce quil est, plutôt que de ce quil
fait ", sindigne le directeur général
de lInstitut du Nouveau Monde, Michel Venne. La
collecte de données peut aussi mener au triage
social. " Veut-on que les personnes dorigine
arabe se fassent vérifier plusieurs fois leur identité? "
demande Benoît Gagnon.
De plus, certains dispositifs de sécurité
conservent des traces de ceux dont ils contrôlent
lidentité, comme les empreintes digitales
dans les dossiers de police. Ces traces pourraient facilement
mener à la création dune méga-base
de données, puisque toutes les données sont
informatisées.
Un des inconvénients majeurs dune
société qui choisit la biométrie
est que les vols didentités sont presque
impossibles à résoudre. Un employé
qui gère les données recueillies peut se
tromper, et créer ainsi une erreur sur la personne.
Cest le citoyen qui devra faire la preuve de son
identité, avec tout ce que cela implique de casse-têtes
bureaucratiques pour obtenir un permis de conduire ou
un certificat de naissance.
La réglementation devra être
serrée, car les techniques biométriques
sont utilisées surtout par les industries privées.
Par exemple, un système cybernétique remplace
le gardien de nuit dans certains bâtiments. " Nos
principaux clients sont des entreprises privées
et non les gouvernements ", constate Pierre
Donaldson de Bioscrypt. Les policiers, eux, utilisent
des données biologiques depuis des années.
À Montréal, un premier profil ADN a servi
de preuve dans une accusation de viol en 1989.
Marie-Hélène Verville