Le deuil des vétérinaires
(Agence Science-Presse) - Vous pourrez bientôt
trouver sur la porte de votre vétérinaire :
" Fermé pour cause de deuil. "
Et quelle cause ! Anne-Marie Lamothe vient de déposer
sa thèse en psychologie sur le deuil des vétérinaires
et déjà, on la demande partout.
Elle est en effet la première
à sintéresser aux émotions
que vivent les vétérinaires lors des euthanasies
quils pratiquent, mais aussi des morts accidentelles
des animaux. Elle compare ces émotions intenses
à un deuil, car elles paraissent très semblables
à celles éprouvées quand on perd
un être cher : stress, déception, impuissance,
anxiété, culpabilité. " Quand
on est confronté à la mort au quotidien,
on se protège par déni, mais la mort nous
rattrape quand même ".
Ce qui semble " abattre "
le plus les vétérinaires, ce sont les " euthanasies
injustifiées ", comme les appelle Anne-Marie
Lamothe. " Beaucoup danimaux sont euthanasiés
parce quun membre de la famille est allergique,
que lanimal a des puces, que les propriétaires
déménagent, ou quils ne se trouvent
finalement pas capables de sen occuper ".
Le plus dur pour les vétérinaires, cest
que la plupart des gens ne cherchent pas à placer
leur animal quelque part ce qu'encouragent au maximum
les vétérinaires avant de demander
leuthanasie. Beaucoup préfèrent savoir
leur animal mort, que dans une autre famille. Le sentiment
de pouvoir absolu sur la vie, la mort, est donc très
difficile à gérer.
Labsence dexutoire pour gérer
ces émotions violentes perturbe les vétérinaires
qui, dans certains cas, perdent tout goût à
leur métier, pourtant inspiré au départ
par l'amour des animaux. Mme. Lamothe explique que " même
au sein de leur famille, de leur entourage, il y a une
philosophie du vétérinaire comme du médecin,
dêtre fort et solide ". Alors
que même les vétérinaires ayant une
trentaine dannées de métier avouent
être encore profondément touchés par
cette question de la mort, accidentelle ou provoquée.
Pour Anne-Marie Lamothe, deux mesures
devraient être prises en priorité. Pour les
étudiants, une sensibilisation est nécessaire.
Il faudrait que des vétérinaires puissent
venir leur parler de ces émotions et de leur expérience
avec la mort et la douleur des animaux. Ensuite, les patrons
des cabinets de vétérinaires devraient également
recevoir une formation en psychologie afin daider
le stagiaire à vivre ces premières expériences
deuthanasie. " La plupart du temps,
on les fait apprendre sur le tas, alors quils ont
besoin dêtre soutenu. La première euthanasie
est souvent la plus traumatisante." Enfin, tout
au long de leur carrière, les vétérinaires
devraient pouvoir recevoir un soutien psychologique.
Carole Filippi