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Huit, neuf, dix planètes ... ?

Robert Lamontagne, le 14 novembre 2005, 13h08

Au cours de la dernière fin de semaine, j'ai participé au Forum Science et Société organisé par l'ACFAS. Ce forum, tenu au CEGEP Limoilou à Québec, a réuni plus de 250 cégépiens de toute la province. Les jeunes avaient le choix entre 6 ateliers de discussions dont celui portant sur "L'Exploration spatiale" auquel je participais avec Pierre Chastenay du Planétarium de Montréal, et Athéna Coustenis de l'Observatoire de Paris-Neudon. L'expérience à étéparticulièrement enrichissante et m'a rassuré sur l'intérêt des jeunes pour le domaine des sciences.

Les discussions ont porté sur un large éventail de questions et j'aimerais revenir sur l'une d'elles plus en détails. Est-ce qu'il y a une dixième planète dans le système solaire ?
Récemment, les médias ont fait état de la découverte de quelques corps célestes situés au-delà de l'orbite de Pluton. L'un d'entre-eux, portant le nom de "2003 UB313", aurait même une taille supérieure à celle de Pluton. D'où la possibilité d'une 10e planète. La controverse a éclaté lorsque certains chercheurs ont suggéré de "retirer" le statut de planète à Pluton plutôt que d'ajouter de nouveaux objets à la liste des planètes de notre système solaire. Qu'en est-il de cette controverse aujourd'hui ?
Premièrement, il faut rappeler que, curieusement, le mot planète n'est pas très bien défini par les astronomes ! Il s'agit en fait d'un terme qui remonte à l'Antiquité et qui signifie "étoile errante". Pour nos ancêtres, il existait deux sortes d'objets dans le ciel: les étoiles dites "fixes" qui forment les constellations, et celles dites "errantes"qui se déplacent parmi ces constellations. Les planètes ne sont donc que des points lumineux qui, dans les modèles de cette époque, tournent autour de la Terre.
Au milieu du 16e siècle, Copernic a suggéré que la Terre soit une planète comme les autres et que toutes se déplacent autour du Soleil. La définition du mot s'est donc modifiée pour devenir "objet qui tourne autour du Soleil". Par la suite, la découverte des grosses planètes Uranus et Neptune a renforcé cette nouvelle définition. Finalement, en 1930, l'astronome Clyde Tombaugh a repéré un petit corps céleste encore plus lointain - la planète Pluton.
Plus récemment, en 1992, des chercheurs ont découvert de nouveaux objets de petite taille au-delà d'orbite de Pluton. Depuis, plusieurs centaines de ces blocs de roches et de glaces ont été répertoriées. La taille de certains d'entre-eux (Sedna, Quaoar, etc.) est similaire à celle de Pluton; d'où le débat sur le statut de Pluton et de ces nouveaux objets. La découverte récente de "2003 UB313", dont la taille est au moins égale à celle de Pluton, force définitivement la communauté des astronomes a redéfinir ce qu'est une planète.
Pour trancher le débat, la "Commission de nomenclature" de l'Union Astronomique Internationale (UAI), a demandé à un panel d'expert d'étudier la question et de fournir une nouvelle définition plus complète de ce qu'est une planète. La décision de l'UAI n'est pas encore connue. Toutefois, le rapport du panel d'experts a suggéré quelques avenues possibles dont celle-ci:
Les planètes seraient divisées en trois catégories selon leurs propriétés physiques.
1) Les planètes telluriques - celles dont la composition est surtout rocheuse comme Mercure, Vénus, la Terre, et Mars.
2) Les planètes gazeuses - celles dont la masse est dominée par des gaz comme Jupiter, Saturne, Uranus, et Neptune.
3) Les planètes glacées - celles pour lesquelles les gaz gelés constituent une fraction appréciable de leur masse comme Pluton, 2003 UB313 (ou le nom officiel qui lui sera assigné), Sedna, et Quaoar.
Quelle que soit la décision finale de l'UAI, il est certain que les livres d'astronomie devront être corrigés d'ici peu.
Pour en savoir plus sur la découverte de 2002 UB313, consultez le site suivant:
http://www.gps.caltech.edu/~mbrown/planetlila/#name
 
 

6 commentaires

Portrait de marou

vraiment c très intéressant je l'ai trop trop aimé merci pour ce excellant exposé et bai et grand bis

Portrait de pd

pd !!!!!!!!!!!!!

Portrait de Robert Lamontagne

Les spécialistes de la physique connaissent bien la 2e loi de la thermodynamique qui affirme que toute transformation d'un système entraîne une augmentation de l'entropie (une mesure du désordre) de ce système. Donc la formation de planètes autour d'une étoile augmente nécessairement le désordre (ou l'entropie) de l'Univers dans son ensemble.

Portrait de Pierre Bergeron

Je voudrais savoir si la formation de planetes dans d'autres
systemes solaires contribue a augmenter l'entropie de l'Univers
comme le rapportait l'astrophysicien Hubert Reeves.

Portrait de Robert Lamontagne

Parmi les nombreux critères qui peuvent être utilisés pour définir et classer les planètes, deux m'apparaissent plus raisonnables qe les autres. Le premier est celui que j'ai énoncé dans mon texte principal - c.a.d. un critère basé essentiellement sur la composition chimique. Le deuxième me semble plus flou. Il est basé sur les caractéristiques orbitales des objets. Ainsi, en utilisant ce critère on pourrait définir une catégorie de planètes "transneptuniennes" - c.a.d. celles dont les orbites sont plus grandes que celle de la planète Neptune. Ce critère est plus spécifique à notre système solaire et s'appliquerais difficilement aux autres systèmes planétaires que nous découvrons depuis 10 ans.

En ce qui concerne l'astronomie et l'astrophysique, ces deux termes sont quasi-interchangeables de nos jours. Il y a longtemps (plus de 40-50 ans), on discriminait entre les spécialistes de l'observation - les astronomes - et les théoriciens - les astrophysiciens. Aujourd'hui, presque tous les chercheurs sont à la fois des observateurs et de théoriciens.

Portrait de Gabriel

Bonjours, j'ai moi même fait partie de ce forum et participé à cet atelier sur l'exploration spatiale. Je ne sais pas sur quoi s'enligne les débats sur la définition exacte de ce qu'est une planète mais je crois qu'on ne peut le déterminer par un seul critère. Il doit y avoir un mélange de plusieurs, par exemple: un objet qui tourne autour d'une étoile et qui a des dimensions supérieurs à X km de diamètre. J'aimerais avoir vos opinions sur ce point.
L'atelier était d'ailleur très intéressant, j'aime bien le fait qu'on a pas encore tout découvert et qu'il reste du travail pour les prochaines générations d'astronomes. M. Lamontagne, vous êtes astronome, et je me demande aussi la différence entre un astronome et un astrophysicien.