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Thérapie génique : que léguer à nos enfants ?

Isabelle Boutin-Ganache, le 12 avril 2006, 17h36

Bonjour à tous!

Le thème de cette semaine fait suite au blogue d'il y a quelques semaines, qui vous présentait la technique de thérapie génique. Vous pourrez donc vous y référer, si vous ne l'avez pas déjà lu. Cette semaine nous complétons le sujet en présentant les deux types de thérapie génique, soit somatique et germinal. De plus, les principaux questionnements éthiques que pose cette dernière technique seront soulevés.

Thérapie génique somatique

La thérapie génique somatique est effectuée sur toutes les cellules du corps à l'exception des cellules sexuelles (ovules et spermatozoïdes), d'où son nom de somatique, mot qui vient du grec et signifie « corps ». Ces cellules forment, par exemple, le tissu des poumons, des muscles, du coeur, des os, etc. La thérapie génique somatique a donc pour cible le génome des cellules qui ne participent pas à la reproduction, et qui par conséquent ne transmettent pas leur bagage génétique par hérédité. La modification du génome se limite ainsi à la personne traitée.

Lorsque les médias abordent le sujet de la thérapie génique, il s'agit probablement de ce type. Les essais de thérapie génique qui ont déjà été effectués sur des humains sont de ce type (voir le blogue du 2 mars « La thérapie génique : quand le gène devient médicament »). En effet, cette thérapie génique est la seule envisagée aujourd'hui, l'autre type soulevant la controverse.

Thérapie génique germinale

Par opposition aux cellules somatiques, les cellules germinales sont les cellules reproductrices : les spermatozoïdes, les ovules ainsi que les cellules souches qui les génèrent. Lorsque les cellules transformées transmettent leur patrimoine génétique aux descendants suite à une thérapie génique germinale, la modification du génome est également transmise. Ce n'est donc plus uniquement la personne traitée qui est concernée par cette intervention, mais également toutes les générations qui suivront.

Ce type de thérapie génique a été expérimenté uniquement chez les animaux; il n'est pas envisagé chez l'humain, pour l'instant. En effet, l'impact des modifications génétiques chez la descendance soulève des questions d'ordre éthique, en plus de la grande complexité technique et du manque de connaissance actuel.

Un questionnement majeur avec la thérapie génique germinale est la permanence des effets, ce qui représente un problème selon certains et un avantage pour d'autres. Les opposants font remarquer que les effets toucheront les générations futures, qui ne peuvent donner leur consentement. De plus, les modifications du génome ne peuvent pas être précisément contrôlées, ce qui pourrait potentiellement causer des dommages (ce qui est également le cas pour la thérapie génique somatique).

Un autre grand problème éthique avec la technique de thérapie germinale est le risque de dérive. En effet, elle pourrait ouvrir la porte à l'amélioration du génome humain (donc à l'humanité au complet) faisant référence à une pratique eugénique. Cette technique aurait le potentiel d'améliorer les habilités humaines (p.ex : améliorer les performances physiques d'athlètes) ou encore d'éliminer des caractéristiques « moins désirables » du patrimoine génétique, comme des gènes responsables de maladies. Les modifications ne se limitent pas à la seule personne traitée mais à tous ses descendants qui suivront.

Ce qui amène à une autre considération éthique : en modifiant la composition génétique de futures générations, le pool génétique humain, qui s'est formé à travers des millions d'années d'évolution, sera affecté de façon permanente. Même si les changements sont présumés pour le mieux, dans un but d'amélioration, le pool pourrait-il être potentiellement affaibli, que ce soit de façon involontaire ou imprévisible?

Et vous qu'en dites-vous? Partagez-vous ces inquiétudes ou les trouvez-vous exagérées? Devraient-elles plutôt être prises en compte, pour ne pas aller de l'avant avec cette technique?  Le possible bénéfice de guérir des maladies jusqu'à maintenant incurables vaut-il la peine par rapport aux risques et implications discutés plus haut ?
La parole est à vous…

Céline Durand*
Hubert Doucet*
Isabelle Ganache*
Bastien Llamas
Lise Lévesque*
*Groupe de recherche en bioéthique

4 commentaires

Portrait de William

@Josée: Pour parer aux derapages, je ne sais pas ce qui se fait ici mais en France , il existe un comité de bioéthique composé de scientifiques, de phylosophes et de personnes de beaucoup d'horizons différentes qui crtiquent les nouvelles scientifiques importantes. Le problème est qu'il n'a aucun pouvoir, il est juste consultatif.

@Bastien: je suis tout a fait d'accord sur le fait qu'il faut agir de façon responsable et qu'il ne faut pas faire n'importe quoi mais est ce que de vouloir sauver son enfant d'une maladie génétique rare par la thérapie génique n'est pas une façon de penser a notre génération futur. A l'heure actuelle, je vois 2 contradictions , d'un côté, on permet aux maladies héréditaires de se perpetuer en permettant aux individus de se reproduire alors que "naturellement", pour reprendre ce terme qui plait tant, ces individus nen serait pas capables (car ils mourraient bien avant la maturité sexuelle ou autres raisons). Ce qui fait que l'on augmente les probabilités pour ces maladies.
Et d'un autre côté, on veut éliminer les "gènes malades", ce qui a comme effet négatif de diminuer le pool génétique.
Qu'est ce qui est négatif pour les générations futures, je n'en ai pas la moindre idée et même en pensant le plus honnètement du monde: qui sait si au final, ce ne sera pas néfaste. Alors est ce qu'il ne faut rien faire pour autant??? Je nen sais rien et ce n'est pas les générations futures qui peuvent me le dire.

Portrait de Josée

Évidemment... que ça m'inquiète ! Comme William, je suis en admiration devant les immenses progrès de la science... mais je suis également très inquiète (j'en ai des frissons dans le dos!) lorsque je pense aux utilisations qui pourraient découler de ces découvertes. Je suis curieuse... Est-ce que les utilisations mentionnées dans le billet, concernant la thérapie génique germinale, sont imminentes ? Et quels sont les mécanismes mis en place ici au Canada pour éviter ces «dérapages» ?

Portrait de Bastien Llamas

Ta dernière phrase est intéressante William... Ne pourrait-on pas, justement, penser de façon responsable et agir de façon durable par-rapport aux générations futures? Nos actes d'aujourd'hui constituent l'Histoire de nos enfants, ils façonnent le monde dans lequel ils vivront. Et s'ils n'ont pas leur mot à dire, je pense que nous avons malgré tout le devoir de les écouter par anticipation. En tant que généticien je sais qu'on hérite notre génome de nos ancêtres, mais en tant qu'humain je préfère dire qu'on le donne à nos enfants...

Portrait de william

bonjour,
bien que je ne connaisse pas grand chose de la thérapie génique, il me semble que ce n'est pas pour tout de suite et que les expériences passées font que les scientifiques avancent sans trop se précipiter.
Maintenant, je ne pense pas qu'il faille remettre en cause cette science car ce n'est pas la découverte qu'il faut blamer mais plutot les utilisateurs. Bien sur , je suis utopique en pensant que les scientifiques ou que la science est toujours juste car la relation étroite qu'il y a avec l'argent et le pouvoir font que l'on voit très souvent des débordements. Il faut utiliser le bon côté, il faut utiliser le couteau pour manger et non pour tuer, le nucléaire pour d'autres choses que les armes. Donc il faut avancer dans ce sens si on pense que c'est possible. Toutefois, je pense que l'on va trop loin dans les applications que lon entrevoit puisque c'est principalement les maladies génétique rares qui nimpliquent qu'un seul gène ou très peu qui pourront être guéries. Les autres impliquent trop de choses que lon ne connait pas et que lon ne peut contrôler pour que ça fonctionne. Alors je ne pense pas que le temps de faire des athlètes via la thérapie génique soit proche et si c'était le cas, serait ce pire que le dopage pratiqué par les pays riches.
Et la dernière chose est que je suis contre le fait de dire que c'est contre nature de modifier le génome dans un but précis car les bactéries le font tout le temps et les virus aussi alors pourquoi quand c'est l'homme c'est contre nature. Et les générations à venir n'ont pas leur mot à dire puisqu'elles ne l'ont déjà pas quand elles naissent.
A bientot
william