Bonjour à tous!

Le thème de cette semaine fait suite au blogue d'il y a quelques semaines, qui vous présentait la technique de thérapie génique. Vous pourrez donc vous y référer, si vous ne l'avez pas déjà lu. Cette semaine nous complétons le sujet en présentant les deux types de thérapie génique, soit somatique et germinal. De plus, les principaux questionnements éthiques que pose cette dernière technique seront soulevés.

Thérapie génique somatique

La thérapie génique somatique est effectuée sur toutes les cellules du corps à l'exception des cellules sexuelles (ovules et spermatozoïdes), d'où son nom de somatique, mot qui vient du grec et signifie « corps ». Ces cellules forment, par exemple, le tissu des poumons, des muscles, du coeur, des os, etc. La thérapie génique somatique a donc pour cible le génome des cellules qui ne participent pas à la reproduction, et qui par conséquent ne transmettent pas leur bagage génétique par hérédité. La modification du génome se limite ainsi à la personne traitée.

Lorsque les médias abordent le sujet de la thérapie génique, il s'agit probablement de ce type. Les essais de thérapie génique qui ont déjà été effectués sur des humains sont de ce type (voir le blogue du 2 mars « La thérapie génique : quand le gène devient médicament »). En effet, cette thérapie génique est la seule envisagée aujourd'hui, l'autre type soulevant la controverse.

Thérapie génique germinale

Par opposition aux cellules somatiques, les cellules germinales sont les cellules reproductrices : les spermatozoïdes, les ovules ainsi que les cellules souches qui les génèrent. Lorsque les cellules transformées transmettent leur patrimoine génétique aux descendants suite à une thérapie génique germinale, la modification du génome est également transmise. Ce n'est donc plus uniquement la personne traitée qui est concernée par cette intervention, mais également toutes les générations qui suivront.

Ce type de thérapie génique a été expérimenté uniquement chez les animaux; il n'est pas envisagé chez l'humain, pour l'instant. En effet, l'impact des modifications génétiques chez la descendance soulève des questions d'ordre éthique, en plus de la grande complexité technique et du manque de connaissance actuel.

Un questionnement majeur avec la thérapie génique germinale est la permanence des effets, ce qui représente un problème selon certains et un avantage pour d'autres. Les opposants font remarquer que les effets toucheront les générations futures, qui ne peuvent donner leur consentement. De plus, les modifications du génome ne peuvent pas être précisément contrôlées, ce qui pourrait potentiellement causer des dommages (ce qui est également le cas pour la thérapie génique somatique).

Un autre grand problème éthique avec la technique de thérapie germinale est le risque de dérive. En effet, elle pourrait ouvrir la porte à l'amélioration du génome humain (donc à l'humanité au complet) faisant référence à une pratique eugénique. Cette technique aurait le potentiel d'améliorer les habilités humaines (p.ex : améliorer les performances physiques d'athlètes) ou encore d'éliminer des caractéristiques « moins désirables » du patrimoine génétique, comme des gènes responsables de maladies. Les modifications ne se limitent pas à la seule personne traitée mais à tous ses descendants qui suivront.

Ce qui amène à une autre considération éthique : en modifiant la composition génétique de futures générations, le pool génétique humain, qui s'est formé à travers des millions d'années d'évolution, sera affecté de façon permanente. Même si les changements sont présumés pour le mieux, dans un but d'amélioration, le pool pourrait-il être potentiellement affaibli, que ce soit de façon involontaire ou imprévisible?

Et vous qu'en dites-vous? Partagez-vous ces inquiétudes ou les trouvez-vous exagérées? Devraient-elles plutôt être prises en compte, pour ne pas aller de l'avant avec cette technique?  Le possible bénéfice de guérir des maladies jusqu'à maintenant incurables vaut-il la peine par rapport aux risques et implications discutés plus haut ?

La parole est à vous…

Céline Durand*

Hubert Doucet*

Isabelle Ganache*

Bastien Llamas

Lise Lévesque*

*Groupe de recherche en bioéthique