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Bon Dieu de *?@#%&$! - suite

Mario Tessier, le 28 novembre 2006, 12h33

C'est à croire que tout le monde s'est donné le mot ! En effet, on retrouve le sujet des relations entre la science et la religion dans plusieurs autres magazines d'actualité et revues scientifiques. Ainsi, la revue Ciel et Espace a publié un numéro hors-série intitulé « L’Univers a-t-il besoin de Dieu ? » . Et dans le dernier exemplaire du magazine Seed plusieurs articles portent sur l'intrusion de la religion dans les politiques scientifiques. (Notons que Seed est une excellente revue scientifique américaine, fondée il y a quatre ans par un jeune prodige montréalais de la science, Adam Bly, et dont le motto est Science is Culture. Le ton, la qualité et la diversité du contenu font penser aux meilleures années du défunt magazine Omni.)

Le sujet est décidément à la mode puisqu'il a fait la une de plusieurs autres revues de vulgarisation scientifique telle que La recherche, avec son Hors série no14 (février 2004) portant sur « Dieu, la science et la religion », Sciences et avenir, avec son Hors série no 137 (déc. 2003-janv. 2004), « Le Dieu des savants », et le numéro d'avril 2005, dédié aux « astronomes de Dieu ». Les revues québécoises n'en sont pas du reste avec, par exemple, la Revue d'histoire de l'Amérique française (hiver 2004) qui renferme un dossier sur les religions sur les sciences sociales au Canada et au Québec.

Dans les articles publiés, on aborde plusieurs questions : la nature physiologique de la foi en Dieu, les croyances des scientifiques, la nécessité d'un dieu créateur ou d'une explication universelle dans la cosmologie moderne, les arguments scientifiques en jeu dans la question du principe anthropique et les propres débordements scientifiques de certains cosmologistes, etc.

Les pires déconfitures ne résultent pas nécessairement des collisions inévitables entre la science et la religion mais quelquefois des tentatives de concordisme qui veulent à tout prix établir l'harmonie entre les deux « magistères ». Pour les concordistes, les livres saints sont des livres de science. À chaque nouvelle découverte scientifique, on essaie donc de réinterpréter les Écritures à la lumières des nouvelles connaissances acquises. Il s'agit souvent de l'œuvre de scientifiques croyants, qui visent à réconcilier les deux deux mondes qu'ils chevauchent, ou de prosélytes (notamment catholiques mais surtout musulmans) désireux de montrer que leur religion est la plus juste puisqu'elle explique le monde mieux que la science elle-même, ou du moins depuis plus longtemps qu'elle.

Ces tentatives sont, bien entendu, vouées à l'échec, car la science, de par sa nature même, est une chose en devenir. Les découvertes d'hier peuvent en tout temps être remises en question, de même que la science admise dans les manuels peut être réinterprétée à la lumière de nouvelles théories ou paradigmes. De multiples tentatives de concordisme ont vu le jour aux XVIIIe et XIXe siècles pour expliquer les faits religieux en fonction des découvertes réalisées sur l'électricité ou enn géologie mais celles-ci font maintenant sourire ; pensons seulement à l'éther ou les fluides magnétiques de Mesmer, ainsi que les théories entourant le Déluge et la paléontologie. Mais ces changements de paradigme, normaux en science, sont tout à fait délétères en matière de religion. La foi peut difficilement survivre à ces interprétations abusives et passagères.

Les contorsions intellectuelles que l'on peut évoquer pour faire coïncider ces deux domaines de la pensée sont les nouvelles pitreries théologiques de notre temps. L'esprit de concorde qui les anime est certes préférable à l'aveuglement carrément hypocrite de certaines batailles fondamentalistes mais elle a le désavantage de perpétuer une confusion néfaste entre deux attitudes totalement opposées. Comme si la foi pouvait être prouvée par l'expérimentation ou la science reposer sur des axiomes arbitraires que l'on ne pourrait pas remettre en question. D'ailleurs, cet acharnement à prouver des réalités spirituelles par les choses matérielles me semble bien loin de la religion telle quelle.

Comme je l'ai dit dans ma chronique précédente, dans ce domaine, il est préférable ne pas y regarder de trop près. Puisque comme le dit l'adage : « Le diable est dans les détails. »

5 commentaires

Portrait de lucas

Selon moi, cela fait bien longtemps que la religion a perdue sa crédibilité!

À chaque contradiction imposé par la science, la religion courrait un argument pour venir supporter leurs véridicité tel un enfant voulant toujours avoir raison et le dernier mot... Pathétique...

Un argument qu'ils ne pourront jamais contredire :
Il n'y a jamais eu de début à l'univers! -> Rien ne se perd, rien ne se crée, tout est transformé.

Portrait de Anonymous

Bonjour Monsieur Laliberté,

Ça fait plaisir d'avoir l'opinion d'un spécialiste sur la chose. Je suis tout à fait d'accord avec vous ! De la même manière que la science doit faire preuve de réserve lorsqu'elle doit composer avec les aspects éthiques de ses découvertes, la religion doit faire preuve d'humilité lorsqu'elle parle du monde physique. Si elle s'en tenait aux questions de morale, de sens et de projet de vie, son discours serait intemporel et durable. Mais lorsqu'elle se mêle de science, elle se profane et se souille. La science, de par sa nature, est un « work in progress », elle se trompe, se corrige et se rédéfinit, et c'est très bien ainsi puisque c'est là la force de la méthode scientifique. La religion ne devrait pas s'y frotter car elle y perd, comme vous le dites, toute sa crédibilité. L'argument d'autorité n'est pas reconnu en science, où l'expérimentation est reine.

C'est réellement dommage que les fondamentalistes protestants, surtout américains, aient usurpé le discours religieux dominant pour promouvoir des thèses complètement déconnectées de la théologie moderne et des réalités de nos sociétés contemporaines. Par leur ignorance, ils font plus pour développer l'athéisme que des gens comme Dawkins.

Portrait de camara

moi je souhaiterais avoir ceci dans ma boite electronique pour me permettre de mieux comprendre sur la religion.

Portrait de Daniel Laliberté, théologien

Comme le mentionne le texte principal, le pire, dans les rapports entre science et foi, c'est le concordisme, pour une raison bien simple, c'est que cette approche nie la nature et les buts mêmes des écrits religieux dont la Bible est l'archétype. D'ailleurs, c'est ce concordisme qui prête flanc à la critique de S. Dumas selon laquelle la religion doit changer pour s'adapter: effectivement, si l'on considère la religion comme la "zone des réalités mystérieuses parce que non encore expliquées par la science", on est aux prises avec une religion qui "se peinture dans le coin", qui rétrécit nécessairement comme peau de chagrin. Mais il me semble que ce n'est pas cela la religion authentique, ce qui me fait dire d'ailleurs qu'il s'agit d'un faux débat: l'objet de la science est de comprendre les lois qui régissent les phénomènes du monde, qu'il s'agisse des lois physiques ou des mécanismes qui président aux interrelations humaines. Ce n'est pas le propos de la religion. MAIS LA RELIGION DOIT S'APPUYER LÀ-DESSUS, si tant est qu'elle veuille s'adresser à l'être humain qui évolue dans ce monde. Et en vue de quoi s'adresse-t-elle à l'humain? Pour lui faire une PROPOSITION DE SENS. J'insiste sur le mot "proposition": il n'y a aucune évidence dans ce registre; un groupe religieux s'adresse à l'humain en lui disant: "nous, c'est ainsi que nous voyons l'existence humaine et sa raison d'être, le sens de la vie, etc." et qui ne peut que proposer ses conceptions. S'il fut un temps où il en était autrement, aujourd'hui plus aucune religion ne peut imposer ses vues, et c'est heureux.
Il y a bien sûr une interface entre sciences et religion: le fait que le monde existe! Mais la science ne peut qu'en prendre acte et tenter d'en découvrir les mécanismes, alors que la religion, elle, se situe au plan du "pourquoi le monde existe et pourquoi en lui l'humain existe". C'est à cette question et uniquement à cette question, que s'intéresse la Bible, à travers tous les méandres de l'histoire de sa rédaction s'étalant sur plus de 1000 ans. Les récits de la Création n'ont d'autre visée que de proposer une réflexion sur la nature humaine et son origine en Dieu. D'un point de vue authentiquement religieux, il importe peu que cette origine soit spontanée ou le fruit d'une évolution; cela relève de la science. Pour le religieux, la question est: peu importent les mécanismes de l'apparition de l'humain, y a-t-il une volonté créatrice qui a fait en sorte qu'il existe? À cette question, chacun répondra selon ses convictions, mais on voit bien qu'il ne s'agit plus d'une question scientifique: de même que la science ne peut répondre à la question "pourquoi y a-t-il de l'être plutôt que rien", elle ne peut répondre à la question "pourquoi y a-t-il un être intelligent qui puisse penser son monde, plutôt que rien" (on aura compris qu'il ne s'agit pas ici des mécanismes évolutifs qui ont permis l'émergence de l'intelligence humaine).
En conclusion, il s'agit de deux disciplines se penchant sur des questions assez distinctes; à cet égard, la science, comme science, n'a pratiquement rien à tirer de la religion (si ce n'est pour la question des enjeux éthiques des applications des découvertes scientifiques, mais ce n'est plus alors vraiment de la science), mais la religion ne peut faire fi de la science pour connaître l'humain à qui elle s'adresse; en clair, alors que la religion n'a en principe rien à craindre des recherches sicentifiques, un discours religieux qui d'emblée discrédite les acquis les plus clairs de la science perd elle-même toute crédibilité. Du moins en principe, mais il semble bien que la réalité soit toute autre, à voir la popularité des fondamentalismes. Ce qui est dommage, c'est que par leur mentalité ces fondamentalistes ne se discréditent pas eux-mêmes seuleent, mais jettent un discrédit global sur tout discours religieux...

Portrait de Stephane Dumas

Dans notre société, lorsque l'on parle de dieu on sous-entends, le dieu judio-chrétien. Mais qu'en est-t'il dans les autres religions?

Par définition, une religion est un dogme qui réponds à tout. Pour toute question, le dogme y trouve une réponse. Et il est interdit de questionner le dogme.

La science est tout le contraire. Elle cherche à progresser alors que la religion est conservatrice et à horreur du changement.

Pour ma part, lorsque j'entends des réinterprétations de la bible pour mieux répondre aux nouvelles découvertes de la science, c'est une contrariété même du dogme.

Alors, qu'est-ce que ces gens cherchent dans leur religion s'ils la modifient sans cesse pour mieux plaire. Serait-ce une forme de domination, de contrôle sur la masse ?
sd.