Bonjour,

Vendredi et samedi prochain 13 et 14 avril, je serai à l'observatoire du mont Mégantic pour une mission de caractérisation de la pollution lumineuse. Simultanément, Martin Aubé du Colège de Sherbrooke sera sur le site avec son équipe pour faire des mesures. J'essayerai de décrire en temps réel comment se passe une mission d'observation dans un observatoire professionnel. Si la météo ne permet pas l'observation, je serai disponible pour tenir une discussion sur le sujet.

À bientôt

Vendredi 13 avril 20:24

Je suis sagement dans mon salon, les conditions météo n'étant pas favorables aujourd'hui, j'ai décidé de rester sagement chez moi afin de ne pas faire trois de route dans de conditions périlleuses pour en fin de compte ne pas observer. Demain, quoiqu'il arrive nous montons à l'observatoire.

Quoi qu'il en soit, je serai à mon clavier ce soir. Prêt à répondre à vos questions. En parallèle, je mettrai au point les derniers préparatifs de la mission. En effet, le temps de télescope est précieux et il ne faut pas le gaspiller. C'est pourquoi il faut arriver le mieux préparé possible au télescope. Et, comme cà fait dix ans que je n'ai pas observés en professionnel, je dois avouer que cela me stresse un peu :). Tout au long de la soirée je vous décrirai comment on se prépare à une mission.

Vendredi 13 avril 21:13

La première chose à faire est d'estimer le temps de pose, nécessaire pour faire les observations. D’après les donnés obtenues par Martin Aubé et son équipe, nous devons viser une sensibilité d’au moins 10^-10 W/sr/m^2/nm afin de mesurer le fond de ciel avec un rapport signal sur bruit de dix.

D'abord, il faut estimer à combien de photons 1 W. À 500 nm, en utilisant la valeur de la constante de Planck, on obtient 2,5x10^18 photons/s par W.

En estimant que la fente fait 10 secondes d'arc par 3 minutes de long, on obtient 4,2x10^-8 sr d'angle solide.

D'après le manuel de l'observatoire, l'efficacité du spectromètre est d'environ 15%, la surface du miroir de 1,5 m^2 et la résolution du spectro est de 2 nm, cela nous donne 4,5 photo-électrons par seconde sur l'ensemble de la fente.

Le bruit dominant est le bruit de lecture du détecteur qui est de 5 électrons par pixels. Il y a 1500 pixels sur la fente, ce qui donne un total de 87 électrons de bruit.

Par conséquent, le temps d'intégration minimum serait de l'ordre de 20 secondes. Dans les faits, comme il faut du temps pour bouger d'un point de mesure à l'autre et pour lire le détecteur, il vaut mieux utiliser un temps d'intégration d'au moins 5 minutes si d'autres contraintes ne se présentent pas.

Samedi 14 avril 16:45

Nous sommes au sommet de la montagne. Il semble que la météo ne coorpèrera pas ce soir. On va tout de même tester les procédures pour l'équipe qui prendre notre place la semaine prochaine.

Samedi 14 avril 17:26

Nous avons fait un saut au télescope pour mettre un cryostat de CCD sur la pompe à vide. Ensuite, nous sommes aller déposer nos affaires dans nos chambres. On va manger un morceau et remonter au télescope vers 19h00.

Samedi 14 avril 18:34

Une coquille Saint-Jacques, une lasagne et une pointe de tarte au sucre plus tard, nous nous préparons à remonter à l'observatoire. Nous jettons un coup d'oeil à toutes les cartes météo disponibles et essayons de décider si nous allons changer l'instrument ou pas. Il y a un petit trou prévu vers 1h00 ce matin. Normalement, ce serait suffisant pour que l'on s'essaye mais les prédictions de transparence du ciel sont médiocres pour toute la nuit. D'après les cartes satellites, il y a au moins deux couches de nuages. Dans ces conditions, les mesures photométriques de la pollution lumineuse ne seront pas représentative de conditions d'observations normales. À moins que les conditions changent radicalement dans la prochaine heure, nous ne procéderons pas au changement d'instrument.

Samedi 14 avril 19:30

Je suis sorti dehors pour verifier la météo et nous avons eu un trou dans les nuages, mais cela ne durera pas longtemps et le télescope n'est pas encore prêt.

Samedi 14 avril 20:23

Les nuages recouvre complétement le ciel. Nous allons faire des essais de pointage du télescope. Le système de guidage du télescope est conçu pour observer des objets sur la voute céleste et utilise des coordonnées équatoriales. Cependant, pour les mesures de pollution lumineuse on doit observer des points précis dans le ciel en azimuth et anngle zénithal. Il faut donc faire une conversion de système de coordonnées. J'ai fait les calculs ce matin avant de partir, mais mieux vaut tout vérifier avant d'observer réellement. De cette façon, les membres de l'équipe qui prendront notre place la semaine prochaine n'aurons qu'à suivre les instructions.

En passant, on voit déjà à l'oeil nu les améliorations des systèmes d'éclairage. Cependant, je note aussi qu'il y a plus de luminaires visibles que lors de ma dernière visite.

Samedi 14 avril 20:47

On viens de faire un tour sur la passerelle. Malgré le ciel nuageux, il fait relativement noir dehors. Pas parfaitement noir, mais c'est déjà beaucoup mieux que dans la passé. Il reste encore quelques lampadaires privés à changer, mais c'est sutout les modifications qui seront faites à Lac Mégantic plus qui amélioreront encore la qualité du ciel. Le dome de lumière de Sherbrooke est évident et il faudra s'assurer que la ville continue ses efforts dans la lutte à la pollution lumineuse.

Samedi 14 avril 21:26

On vient de terminer les essais de pointage. 6/6 pour mes calculs!

Nous avions droit à une deuxième chance les 20 et 21 avril. Deux autre astronomes sont donc partis en mission: Guy Dion et Steve Lévesque. Ce sont deux anciens astrophysiciens qui travaillent maintenant au CRIQ et chez ABB Bomem.

Vendredi 20 avril 22:00

Après quelques pépins, le système est maintenant opérationnel. Les observations vont pouvoir commencer.

Samedi 21 avril 2:27

Chacunne des directions a été observée à cinq reprises au cours de la nuit. Les données ont été transférées sur l'ordinateur de Steve. On a même eu le temps de prendre un spectre de deux nébuleuses planétaire M27 et M57.