Garrett Lisi est un physicien "pigiste". Il a choisi une véritable vie d'ermite, dans les montagnes de la Sierra Nevada. Si ce style de vie excentrique, doublé de sa passion pour le surf, a attiré l'attention des médias américains, c'est surtout pour son papier "Une théorie du tout exceptionnellement simple" qu'il a attiré l'attention des scientifiques de la planète.

Le chercheur a fait couler beaucoup d'encre, depuis la publication de son papier. La théorie du tout, c'est le Saint Graal des physiciens et le rêve inachevé d'Albert Einstein: un formalisme mathématique qui unirait les quatre forces de la nature. Si quelqu'un réussit un jour à unir la gravitation, l'électromagnétisme, et les interactions nucléaires fortes et faibles dans un même cadre mathématique, les plus grands honneurs lui sont promis.

Jusqu'à l'adoption de cette théorie par le consensus scientifique, on doit traiter séparément la gravitation, dans le cadre de la relativité générale, et les trois autres forces, dans ce qu'on appelle le "Modèle Standard". Les deux cadres mathématiques ne sont pas compatibles lorsque l'on essaie de les unir. Ainsi, des problèmes faisant appel à la gravitation et à la mécanique quantique, l'évolution et les interactions des trous noirs par exemple, sont à peine traitables dans le contexte actuel.

La théorie de Lisi est toujours discutée, tant sur le fond que sur la façon donc elle a été présentée au monde. Lorsqu'un chercheur veut faire connaître les résultats de ses travaux, il doit les faire soumettre à un magazine avec révision par les pairs. Le chercheur indépendant a choisi de s'aliéner au système: il a mis sa théorie en ligne, disponible à tous, sur le site arxiv.org.

Cet évènement de science a été très mal couvert par le magazine scientifique français Science & vie (No 1084, Janvier 2008). En effet, sur sa page couverture, le grand titre est le suivant: "Théorie du tout: Enfin! Un physicien aurait trouvé la pièce manquante". En journalisme, on nous répète ad nauseam que "le conditionnel est le condom du journaliste." Le fait que le physicien "aurait" trouvé la pièce manquante est indéniable, mais la théorie est toujours discutée! Le "Enfin!" fait, selon moi, figure de capote percée, ici!

Titre-choc s'il en est, on sait tous que les revues de sciences ont le double objectif de vulgariser et de vendre de la copie. Ici, je crois que la deuxième option était le but premier de ce titre. Par contre, sa crédibilité peut logiquement être remise en question: s'il s'avère que la théorie de Lisi est inexacte, voire fausse, de quoi auront l'air ces soit-disant journalistes scientifiques?