Rassurez-vous! mes prochains billets ne porteront pas tous sur le pétrole. Toutefois, à la suite de la publication de mon livre, la semaine dernière, j'ai eu l'occasion de discuter du sujet avec beaucoup de gens. Dans ces discussions, surtout sur les moyens alternatifs, je me suis aperçu qu'on ne savait pas toujours pourquoi on utilise le pétrole ni ce que représente son élimination.

Or, bien que ce liquide visqueux soit de plus en plus décrié, il y a de bonnes raisons pour lesquelles on l'utilise à si grande échelle. C'est que le pétrole est un produit merveilleux qui mérite qu'on le respecte un peu, malgré les dégâts environnementaux qu'il peut causer.

Deux propriétés sont à l'origine de domination du pétrole dans l'industrie du transport : le pétrole se transporte presque sans danger et il possède une densité énergétique élevée. Le graphique ci-dessous montre bien que les hydrocarbures ont une densité d'énergie supérieure à presque tous les autres produits brûlés aujourd'hui à l'exception de l'hydrogène qui est environ trois fois plus dense. On privilégie le pétrole à l'hydrogène, toutefois, car ce dernier est difficile à transporter et hautement explosif.

Densité d'énergie de divers combustibles.

Parlant d'explosif, je dois ajouter que le pétrole possède une densité énergétique environ 10 fois plus grande que la dynamite (ou TNT, trinitrotoluène), qui ne libère que 4,6 GJ/tonne. Encore une fois, la différence entre le pétrole et la dynamite est que cette dernière peut libérer son énergie beaucoup plus rapidement que le pétrole, d'où son utilité comme explosif. Évidemment, pour une utilisation domestique, la comparaison avec le TNT n'est pas très utile. Peu d'entre nous aimeraient circuler avec le réservoir rempli d’explosifs. Mais comment se comparent pétrole et piles? Encore une fois, le pétrole gagne, et de loin. Ainsi, une pile au lithium peut emmagasiner une densité d'énergie d'environ 0,720 GJ/tonne.

Mais le pétrole n'est pas qu'une source d'énergie. C'est aussi une matière première d'une richesse inouïe qui permet de fabriquer une vaste gamme de polymères utilisés dans presque tous les objets qui nous entourent. Notre mode de vie actuel repose presque entièrement sur le pétrole, car les produits basés sur le pétrole ont surtout remplacé des produits d'origine végétale et animale, ce qui a permis de protéger les espèces et de diminuer notre dépendance envers les produits agricoles en dépit d'une croissance fulgurante de la population humaine sur Terre.

Quelle est l'alternative au pétrole?

Cette question revient sans cesse dans les discussions. La réponse, malheureusement, est qu'il n'existe aucun remplaçant unique. Pour réduire notre dépendance au pétrole, il nous faudra mettre en place toute une gamme de programmes favorisant l'économie d'énergie, les transports en commun, l'aménagement urbain et les sources d'énergie alternative. Il faudra changer tous les aspects de notre mode de vie, quoi!

Il est facile de montrer qu'il n'existe pas de solution unique. Considérons ce qu'il faudrait pour remplacer tous les camions et automobiles à l'essence au Québec par des véhicules électriques. Pour évaluer cette possibilité, il faut d'abord tracer le portrait global de notre consommation énergétique. En 2005, notre province a consommé une énergie équivalente à 42,3 millions de tonnes de pétrole. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, toutefois, moins de la moitié de cette énergie est renouvelable. En effet, l'hydroélectricité représente environ 40 % de notre consommation énergétique, le reste provient essentiellement de combustibles fossiles (pétrole, 39 %, gaz naturel 11 %, charbon 1 %) et de biomasse (bois et tourbe, 9 %).

Évolution de la consommation d'énergie au Québec (source: Gouvernement du Québec)

On peut maintenant évaluer la faisabilité de l’élimination du pétrole pour le transport et son remplacement par de l'électricité. Toujours en 2005, l'industrie québécoise du transport a brûlé 11 millions de tonnes de pétrole. Si on ignore le coût énergétique associé à la fabrication des piles et qu'on considère que le couple pile/moteur électrique est environ 3 fois plus efficace qu'un moteur à essence, il faudrait produire l'équivalent de 4 millions de tonnes de pétrole en électricité pour nourrir l'industrie du transport. En unités utilisées pour la production d'électricité, cette énergie représente environ 47 TWh, 25 % de la production actuelle d'hydroélectricité. Quarante-sept TWh, cela correspond à l'augmentation de la production d'Hydro-Québec de 1985 à 2005, une quantité considérable!

Pour remplacer le pétrole de l'industrie du transport, qui représente 2/3 de la consommation totale de pétrole, il faudrait donc diminuer notre consommation actuelle d'électricité du quart, augmenter d'autant notre production ou faire un peu des deux. Si on peut envisager adopter cette voie au Québec — 4e producteur mondial d'hydroélectricité, cette solution sera beaucoup plus difficile à mettre en place dans le reste du monde, incluant la plupart des pays de l'OCDE, où la production d'électricité repose en grande partie sur le charbon, le gaz naturel et le mazout.

Comme on le voit, le remplacement du pétrole aura un effet domino sur toutes les sphères de notre société. Même si on préserve son utilisation dans les plastiques, les lubrifiants, les vernis, etc., il faudra revoir de fond en comble notre utilisation de l'énergie et modifier presque tous nos comportements.

Alors, quand commence-t-on?