Pourquoi ne pas faire vivre son nom pour l’éternité ? C’est un peu ce que la NASA nous invite à faire en laissant notre nom sur le site Web du LRO. En effet, en vue du lancement prochain de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter vers l’orbite lunaire à la fin de 2008, la NASA recueille nos noms afin de les graver sur une micropuce, laquelle sera éventuellement intégrée au vaisseau spatial. La NASA espère ainsi développer l’intérêt de l’exploration spatiale chez les jeunes.

Ce n’est pas la première fois que la NASA nous laisse participer ainsi à l’aventure spatiale. En effet, depuis l’époque des premiers lancements dans l’espace, il n’était pas rare que les techniciens écrivassent leur nom au crayon gras sur la coque des vaisseaux spatiaux. Depuis, certains artisans de l’exploration spatiale se sont débrouillés pour inclure dans les équipements des sondes interplanétaires des disques contenant les signatures ou les noms de centaines de milliers de personnes, intéressés à laisser une trace pour la postérité. Ainsi la sonde planétaire Huygens, transportée jusqu’à Titan par la sonde Cassini, et qui repose en ce moment sur le plus gros satellite de Saturne, comprend en son sein une base de données de plus 600 000 noms, auxquels s’ajoute le mien.

C’est sans doute là un dérisoire substitut à l’exploration spatiale et à la présence humaine elle-même. Mais la chose indique néanmoins que l’idée d’explorer le cosmos anime un nombre considérable de gens. La frontière reste un mythe essentiel de l’homme américain, pris dans son sens large. Que ce soit les panoramas dénudés et vides de la Lune, les plaines désertiques de Mars, ou les paysages glacés des lointaines lunes de Saturne, l’homme désire découvrir ces lieux inaccessibles, même si c’est par robot interposé.

Mais, ces sondes interplanétaires, en plus d’être nos émissaires vers les étoiles, sont aussi des bouteilles lancées à la mer, emportant nos espoirs vers un avenir aussi distant et incertain que les destinations improbables vers lesquelles elles sont lancées. Ce sont des capsules temporelles, portant en elles nos messages destinés à d’éventuels frères de l’espace ou peut-être à nos lointains descendants. Ces derniers trouveront peut-être sur des orbites oubliées depuis longtemps ces témoins d’une époque révolue, et sur lesquels, tels des graffitis sur les pyramides d’Égypte, nous tentons de surfer sur l’éternité et de laisser une trace, aussi infime que vaine.

Mais c’est un compliment à notre ingéniosité que nos exploits, nos message, ou ultimement, juste nos noms, voguent dans l’immensité intersidérale, dans les profondeurs du temps, à la recherche d’une créature qui saura déchiffrer ce que nous aurons cherché à dire à l’éternité. À défaut de communiquer le meilleur de notre culture (songeons à la musique de Bach inscrite sur le disque des sondes Voyager), ces noms enregistrés dans les bases de données de ces micropuces ou de ces disques dorés communiqueront peut-être le seul message qui restera de notre espèce dans des millions d’années, soit : « Nous étions là ». Courte épitaphe sans doute mais qui n’est pas dénuée de grandeur lorsqu’on considère les dimensions de l’espace et du temps en jeu. Avouons que pour un primate que n’a fait le tour de sa planète que dans le siècle précédent, ce n’est déjà pas si mal.

Évidemment, il n’en sera pas ainsi avec la sonde LRO. En effet, celle-ci sera placée sur une orbite polaire basse à 50 km. Comme la Lune ne possède pas d’atmosphère pour la freiner, le Lunar Reconnaissance Orbiter devrait rester en orbite pendant plusieurs années. Mais, éventuellement, les perturbations gravitationnelles auront raison d’elle et la sonde percutera une montagne lunaire ou un haut relief qui se trouvera sur son chemin descendant. La micropuce et son précieux chargement de noms seront probablement vaporisés à l’impact.

(Pour ceux qui voudront en savoir un peu plus sur les capsules temporelles, je vous suggère la lecture de mon article dans Solaris 156 : « Le Temps profond, ou comment laisser sa trace dans un million d’années. ».)

La date limite pour laisser votre nom sur le site du LRO est le 27 juin 2008.

Comme dit Buzz l'Éclair, « Vers l’infini... et au-delà ! »