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Une première photographie d'une planète extrasolaire ?

Robert Lamontagne, le 15 septembre 2008, 11h43

C'est avec plaisir que je reviens à "Science on blogue!" pour une troisième année. J'espère que vous serez nombreux à émettre vos commentaires et à susciter une discussion.

Pour ce premier billet, je vous propose une première mondiale de la part de chercheurs canadiens. Dans un article qui paraîtra sous peu dans la revue "The Astrophysical Journal Letters", une équipe d'astronomes de l'Université de Toronto, David Lafrenière, Ray Jayawardhana et Marten van Kerkwijk, présente ce qui semble être la première image d'une planète extrasolaire au voisinnage d'une étoile de type solaire. Cette annonce spectaculaire, qui doit cependant être confirmée, ouvre une nouvelle facette de l'étude des exoplanètes.

Avant de commenter les travaux de cette équipe de chercheurs, remontons un peu le temps afin d'établir le contexte dans le lequel se situe leur annonce.

À ce jour, on connaît environ 300 planètes extrasolaires. Un catalogue mis à jour régulièrement est d'ailleurs disponible à l'adresse suivante:

http://exoplanet.eu/catalog.php

Ainsi, bon an mal an, on découvre environ une vingtaine de nouvelles planètes chaque année depuis le milieu des années 1990. Cependant, toutes ces nouvelles planètes sont identifiées de manière indirecte par le biais de techniques qui mesurent l'effet d'une ou de plusieurs planètes sur leur étoile parente. On mesure ainsi les variations de la vitesse radiale de l'étoile parente induites par le déplacement d'une planète sur son orbite, ou les variations de l'intensité lumineuse de l'étoile lorsqu'une planète passe devant celle-ci par rapport à nous, ou l'augmentation de l'éclat d'une étoile par amplification gravitationnelle d'une planète. Toutes ces techniques (vélocimétrie, transit et microlentille gravitationnelle) donnent des résultats à condition que les planètes soient situées très près de leur étoile parente.

Voir directement une planète en orbite autour d'une étoile est un défi beaucoup plus difficile à réaliser car la brillance d'une planète est beaucoup plus faible que celle de son étoile. Ainsi, la brillance d'une planète de la taille de Jupiter, située à environ 5 unités astronomiques (UA) d'une étoile comme le Soleil (une UA est la distance moyenne entre la Terre et le Soleil, soit environ 150 millions de km), est environ un milliard de fois moins grande que celle de son étoile dans le domaine de la lumière visible. Les choses s'améliorent un peu dans le domaine infrarouge, le contraste est alors de un pour un million, mais le défi demeure toujours aussi imposant. De plus, la distance angulaire entre l'étoile et sa planète (c'est-à-dire l'angle séparant les deux objets sur le ciel) est très petit, en général inférieur à une seconde d'arc (1/3600 de un degré). Le problème est donc équivalent à celui de photographier un petit grain de sable situé à moins de 5cm d'un phare de voiture d'une distance de plus de 10km à travers une couche d'air turbulent! On comprend pourquoi les images de planètes extrasolaires ne sont pas légions...

Revenons maintenant à l'annonce des chercheurs de Toronto. Le système qu'ils ont découvert est constitué d'une étoile un peu moins massive et plus jeune que notre Soleil - 85% de la masse du Soleil et âgée de 5 millions d'années plutôt que 5 milliards d'années - et d'une planète d'environ 8 fois la masse de Jupiter (donc environ 2500 fois la masse de la Terre) située à 330 UA de son étoile, soit 30 fois plus loin de son étoile que la planète Neptune dans notre système solaire. L'image qui suit illustre le système. La planète est située en haut à gauche par rapport à l'étoile brilante au centre.

Cette photographie semble presque banale, il s'agit pourtant d'un exploit technique absolument remarquable. Non seulement voyons-nous pour la première fois l'image d'une planète extrasolaire, mais en plus les chercheurs ont réussi à décomposer la lumière de la planète pour obtenir son spectre. Ce dernier permet de mesurer la température de la planète (environ 1500 celsius) ainsi que d'identifier partiellement sa composition chimique (semblable à celle de Jupiter). La planète est donc encore assez chaude ce qui s'explique par le fait que l'étoile et sa planète sont encore très jeunes, et que cette dernière n'a pas encore complètement refroidit après sa formation.

La photographie de cette planète soulève toutefois quelques questions. Ainsi, comment expliquer la formation d'une planète aussi massive à une distance aussi grande de son étoile ? Les modèles théoriques actuels de formation de systèmes planétaires ne sont pas tout à fait adéquats pour expliquer cette découverte. De plus, les deux objets sur la photographie sont-ils liés gravitationnelement ? En d'autres termes, s'agit-il d'un véritable système planétaire, ou de deux objets (l'un brillant et l'autre plus lointain et moins lumineux) situés par hasard le long de la même ligne de visée ?

Il faudra attendre encore un an ou deux avant d'avoir les réponses à ces questions. Néanmoins, le résultat de cette équipe montre que d'ici quelques années, l'imagerie et la spectroscopie des planètes extasolaires deviendront routinières. Nous pourrons alors possiblement détecter des planètes propices à la vie.

11 commentaires

Portrait de TchekhoV

"Nous pourrons alors possiblement détecter des planètes propices à la vie."

encore faudra t'il que l'ont puisse s'y rendre...

Portrait de Robert Lamontagne

Vous avez raison, mais dans ce cas l'étoile parente est en fait un "avorton d'étoile" connue sous le terme de naine brune. Il ne s'agit donc pas d'une étoile semblable au Soleil.

Portrait de jelo

Une équipe de chercheurs travaillant sur le VLT (télescopes européens, yes we did it!!!) avaient déjà fait la première photo d'une planète extrasolaire ;)
http://www.eso.org/public/o...

Portrait de Yvan Dutil

Pascal,

Le taux d'annonces erronées en astrophysique est de 30%. Ce qui est proche de l'optimum théorique en recherche.

Portrait de Robert Lamontagne

La technologie actuelle peut certainement permettre d'observer d'autres systèmes semblables à celui-ci, et probablement même un peu plus serré (i.e. une planète un peu plus près de son étoile).

On ne peut cependant pas encore distinguer des planètes de petites tailles (quelques fois celles de la Terre) très près de leur étoile. Le saut technologique permettant cet eploit n'est toutefois pas si grand. Il sera à notre portée dans quelques années à peine (5 à 10 ans tout au plus).
Alors ouvrez l'oeil...!

Portrait de Pascal

Vous dites que grâce au spectre, on a pu "mesurer la température de la planète (environ 1500 celsius) ainsi que d'identifier partiellement sa composition chimique (semblable à celle de Jupiter)."

Je devine qu'à pareille distance, il n'est pas possible de pousser beaucoup plus loin, mais justement, jusqu'où pourrait-on aller, avec notre technologie actuelle? Pourrait-on aller plus loin, c'est-à-dire récolter davantage d'informations sur cette planète, ou atteint-on les limites de ce qui est observable?

Portrait de Robert Lamontagne

Les commentaires d'Olivier sont tout à fait pertinents. Les auteurs de l'article qui paraîtra sous peu mentionnent d'ailleurs plusieurs de ces objections. J'ai sciemment évité ce débat car, pour l'instant, il n'y a pas de réponses claires à ces questions.

Ceci dit, il existe 2 mécanismes pour former des planètes. Le premier est celui de l'accrétion de petits "blocs de construction" (grains de sable, poussières, molécules de gaz) qui deveinnent éventuellement assez gros pour que la gravité termine le travail. Le second est celui de l'effondrement gravitationnel, un peu à la manière d'une étoile, pour former de très grosses planètes gazeuses.
Dans le cas de ce système, ni l'un ni l'autre des mécanismes ne peut expliquer la présence de cette planète de 8 fois la masse de Jupiter à une telle distance. Ça représente tout un défi pour les théoricien !
On est cependant convaincu qu'il s'agit bel et bien d'une planète (liée ou non à son étoile) puisque sa masse (8 jupiters) n'est pas suffisante pour en faire une étoile ni une naine brune Il faudrait une masse de 80 jupiters pour que ce soit une étoile, et de plus de 10 jupiters pour être une naine brune.

Pascal a raison de dire que le profane n'est pas nécessairement capable de discriminer le vrai des "voeux pieux" dans cette affaire. Ce n'est pas évident pour l'astronome non plus !!

Portrait de Pascal

Fascinant, comme toujours. Ce n'est pas la première fois que des astronomes proclament avoir réussi "la première photo" d'une planète extra-solaire. Le profane a-t-il des outils à sa disposition pour discriminer les vraies annonces des annonces trop prématurées?

Portrait de Olivier R

S'agit-il vraiment d'une planète ? D'après mes lectures (niveau : vulgarisation, revue "Ciel et Espace", livres d'astronomie de vulgarisation), les planètes joviennes ne peuvent se former comme des planètes, par accrétion pour former un noyau de roches et de glace de plusieurs masses terrestres pouvant capturer le gaz environnant, si loin de leur étoile. Cette planète (je m'inspire d'un article sur une autre "planète" jovienne loin de son étoile, 2M1207b, située à 55 UA) pourrait plutôt s'être formée comme une étoile, par effondrement gravitationnel direct du gaz du système (elle n'aurait donc pas de noyau solide). Je pars du principe que si un astre se forme telle une étoile, il est une étoile, quelque soit sa masse.

Nous aurions dans ce cas affaire à une étoile de type mini-naine brune. J'ai lu aussi que le débat n'était pas tranchée sur la différence planètes géantes / naines brunes.

Un des gros problèmes je crois est qu'on a affaire à des astres de masses identiques entre petites naines brunes et planètes géantes, et qu'il est difficile de loin de savoir comment elles se sont formées.

Une planète jovienne peut migrer et s'approcher de très près de son étoile (ce qui donne les Jupiter chauds). De même, ne peut-il y avoir des "Jupiter froids" ayant migré très loin de leur étoile ? La planète dont il est question ici pourrait ainsi s'être formé plus près de son étoile et aurait ensuite migré vers l'extérieur. Peut-être par des interactions avec d'autres planètes. (Pure hypothèse voire spéculation hasardeuse de ma part ;-) )

Dans ce cas, la différence étoiles naines / planètes géantes devient inextricable. Les Jupiter très éloignée de leur étoile ne sont-ils pas des astres ambigus ?

Portrait de Merlin

Une petite précision :
Je vais mettre un lien vers votre blog comme source bien entendu.

Merci

Portrait de Merlin

Bonjour,

Super article, je voulais vous signaler que je le reprends sur mon blog, voila juste pour prévenir.

Votre blog est super ...bonne continuation.
A bientot peut etre ;0)