Forage au fond des océans :Percer la Terre et ses secrets
Dans le cadre de sa conférence Percer la Terre et ses secrets, donnée au Cœur des Sciences de l’UQÀM, Benoît Ildefonse, directeur de recherche au CNRS, à l'Université Montpellier 2. Président du comité scientifique IODP-France, répond à vos questions.
Près de 70% de la croûte terrestre se trouve sous les océans. Les fonds marins contiennent-ils de nouvelles formes d'énergie exploitable? Comment leur géologie nous renseigne-t-elle sur le fonctionnement de notre planète, sur l'évolution du climat et sur les risques sismiques? Et s’il était possible de les transpercer pour atteindre enfin le manteau terrestre? Regard sur les réalisations et les espoirs d'un ambitieux projet scientifique international: le programme intégré de forages océaniques (IODP).


Josée,
Je sens une pointe d'ironie dans votre réponse. Accéder au manteau, là ou la croûte terrestre est la plus mince, c'est à dire dans l'océan, ne relève pas de la science-fiction. Il s'agit d'un objectif réaliste pour le futur du forage océanique scientifique. Pour info, le puits le plus long réalisé à ce jour dans l'océan (par l'industrie pétrolière, il y a quelques mois), est long de 12289 m, dont 10902 mètres en horizontal.
Il est légitime de s'interroger sur le coût de ces opérations. En 2009, le programme coutera pour l'ensemble de son activité (fonctionnement plus 9 expéditions) environ 250 millions de dollars US. Je considère que c'est relativement peu, comparé au cout de certains autres programmes scientifiques, spatiaux par exemples, ou encore au cout de certains blockbusters hollywoodiens ou de certaines vedettes sportives pour ne citer que quelques exemples particulièrement visibles... Tout est une question de point de vue. Il est important de ne pas oublier que nous ne parlons pas ici d'industrie, mais de recherche scientifique fondamentale, dont certaines découvertes ont ou auront un impact sociétal considérable. A titre d'exemple : les japonais sont un des partenaires principaux (en termes financiers) du programme. Un de objectifs à relativement court terme d'IODP est d'atteindre la zone sismogénique (ou se déclenchent les grands séismes) au large du Japon, afin d'en comprendre le fonctionnement et d'enregistrer sur le long terme l'évolution de cette zone. De ce point de vue (et de celui des contribuables japonais), l'enjeu est tout à fait important, voir vital... Donc pour répondre brièvement à votre question : oui, le jeu en vaut la chandelle, et si on mesure le cout du programme à l'aune de son succès scientifique (que la communauté scientifique évalue notamment par les publications dans les journaux et revues spécialisées), il est même plutôt bon marché pour un programme scientifique international.
Pour ce qui est de votre dernière question, il me semble que vous mélangez deux choses bien distinctes que sont la prospection et la gestion des ressources. Je suis bien d'accord avec vous : les scientifiques sont appelés à se prononcer publiquement sur une question importante comme celle de la gestion des ressources, et ils le font d'ailleurs sans arrêt. La prospection, par contre, est une activité industrielle, menée par les compagnies pétrolières. Notre boulot n'est en aucun cas de faire de la prospection pour eux. La technique du forage d'ailleurs, n'intervient pas, ou très peu dans le phase de prospection, et les pétroliers n'ont pas besoin d'IODP pour ça. Ils ont par contre souvent besoin de partenariat avec les scientifiques, qui est alors mis en place sous la forme de projets à durée limitée, impliquant souvent le financement de thèses.