Sherlock Holmes est, aujourd’hui, beaucoup plus qu’un personnage fictif que l’on doit à Conan Doyle. C’est un imaginaire en soi dont la logique, basée sur des faits scientifiques, permet de résoudre des énigmes insolubles.

Sherlock Holmes, c’est aussi le modèle du roman policier « de la chambre close » où toutes les preuves peuvent se retrouver en un seul lieu. Il suffit d’être attentif, de posséder des connaissances dans certains domaines scientifiques, d’avoir de la méthode, et… la solution adviendra.

Alors comment s’en est tiré Guy Ritchie, le réalisateur du nouveau film Sherlock Holmes? Son Holmes est-il fidèle au personnage de Conan Doyle?

Oui et non. On imagine facilement certains aficionados — ils sont nombreux — hurler de rage en voyant ce film et se demander comment réaliser le crime parfait contre le réalisateur et le scénariste…

En effet, ce Holmes est bien excité et on voit, derrière lui, la longue litanie des blockbusters américains dans lesquels un film ne peut exister s’il n’y a pas des explosions continuelles et où un plan ne peut durer plus de trois secondes. C’est bien le contraire de la réflexion et de l’attention que Holmes porte sur les choses, qui nécessitent de la lenteur et la persistance du regard.

En même temps, un réalisateur n’a pas à être respectueux du travail de l’écrivain. Du texte à l’image, on passe à un autre type de langage qui a ses propres règles. Et généralement, les réalisateurs respectueux font souvent les plus mauvaises adaptations.

Médecine, biologie, chimie, est-ce que ces sciences correspondent précisément à ce qu’on en connaissait à l’époque? Peu importe, pour l’immense majorité des spectateurs. Holmes utilise les sciences et une méthodologie scientifique pour combattre des croyances et des superstitions; le film démontre qu’on peut être facilement berné par des charlatans et des bandits si nous nous refusons à la science; et on voit que la science peut être un moteur narratif extrêmement utile pour rendre intéressant un film ou un roman. Voilà trois excellentes raisons de continuer à s’intéresser à Sherlock Holmes. Et à Watson, bien sûr!

Jean-François Chassay est professeur au département d’études littéraires à l’Université du Québec à Montréal