Réfléchir à l’éthique des sciences et de la recherche, ce n’est pas seulement définir des normes de conduite destinées aux chercheurs. C’est aussi comprendre ce qui nourrit la confiance d’une société dans ses chercheurs, dans ses institutions scientifiques et dans le savoir ainsi constitué, souvent à l’origine de décisions publiques affectant l’ensemble des citoyens.

Si les chercheurs sont (perçus comme) intègres, honnêtes et respectueux des êtres humains, s’ils sont compétents et transparents, alors la confiance dans les propositions et les recommandations qui découlent de leurs travaux semblera pouvoir être justifiée.

Mais l’éthique des sciences va au-delà de l’intégrité scientifique et du respect des droits des participants aux projets de recherche. Loin d’être des observateurs impartiaux situés sur une autre planète, les scientifiques entretiennent des liens complexes et chargés de ramifications politiques, éthiques et sociales avec le monde auquel ils appartiennent. Rappelons que leurs travaux sont financés soit par des ressources publiques, donc issues de l’ensemble de leurs concitoyens, soit par des ressources privées bien souvent à but lucratif. Comment pourraient-ils ne pas se soucier de l’impact de ces sources de financement sur leurs travaux ?

Le fait que les sociétés contemporaines carburent à la science et aux technologies qu’elle a imaginées, que ces sociétés agissent et se transforment à la lumière de ce que les scientifiques leur apprennent sur elles-mêmes et leur proposent, conduit à rejeter l’idée qu’au nom de la qualité de la science, les chercheurs doivent être « neutres », c’est-à-dire s’enfermer dans leurs laboratoires ou leurs bureaux. Il est au contraire grand temps que les scientifiques s’ouvrent réellement au dialogue avec leurs concitoyens, aux préoccupations de ces derniers face à la science, à leurs valeurs. Une telle ouverture fait partie de l’éthique des sciences qui ne peut pas être le domaine réservé d’une catégorie d’experts. Organiser des rencontres et des dialogues égalitaires et fructueux entre chercheurs et citoyens dans le but de construire une compréhension mutuelle de la pertinence de tel ou tel projet de recherche, incluant une réflexion sur les ressources nécessaires et leur origine, ainsi que sur les conséquences possibles, voilà un objectif essentiel d’une éthique de la responsabilité en recherche scientifique. Des outils existent, des expériences sont menées qui ne doivent pas rester confidentielles ou folkloriques, mais qui doivent prendre la place qui leur revient dans la construction de la confiance dans la science. (Billet inspiré du texte "Éthique des sciences et de la recherche" publié dans L'État du Québec, Institut du Nouveau Monde et Boréal, 2010).

Alors que les formes d’ingérence du pouvoir politique mais aussi économique dans les sciences ne cessent de se renouveler, notamment par le biais des « subventions stratégiques » décidées par les États ou les compagnies privées, est-ce qu’il ne serait pas temps que les chercheurs considèrent les citoyens non experts et en particulier ceux qui interrogent la science au nom du bien commun et de l’intérêt général, comme des alliés plutôt que comme des gêneurs ou des incompétents? Dans leur texte « Pour une science citoyenne » paru dans Le Monde le 27 septembre 2007, Éric Gall et Jacques Testart nous y invitent clairement : « Car c'est bien la marchandisation de la science qui est la cause principale de la fracture entre science et société. […] Pour faire face aux défis du xxie siècle, il faut […] refonder notre système de recherche autour d'un nouveau contrat entre science et société, de nouvelles missions et orientations de la recherche et d'une alliance forte entre les acteurs de la recherche publique et la société civile, porteuse de besoins et d'intérêts non marchands. »

Ce blogue a pour ambition de nourrir une telle alliance au Québec par des références, des textes et des idées.