Je croyais lire un passage d'une nouvelle pièce de théâtre qui serait présentée aux fêtes de la Nouvelle-France cet été. Mais non, ce n'était pas une caricature grotesque de l'ancien temps, c'était le cardinal Marc Ouellet, sérieux comme un pape, nous faisant la morale sur l'avortement. Non Marc, on n’a pas besoin de rouvrir la question de la criminalisation de l'avortement au Québec. En fait, on se passerait bien de tes bouffonneries, de celles de ton collègue le «Général Turcotte» (dixit Plume Latraverse) et du reste de ta bande.

J'avais décidé de vous parler d'astronomie populaire dans mon prochain billet, mais l'actualité québécoise me force en quelque sorte à m'exprimer sur un autre sujet. Après avoir lu cet article en fin de semaine, j'ai décidé d'y ajouter mon grain de sel.

L'Église ne défend pas plus l'intérêt public maintenant qu'elle le faisait il y a 400 ans. Rappelez-vous Giordano Bruno, mon homonyme et collègue astronome d'une autre époque, brulé sur le bucher pour blasphème et hérésie. Il a été le premier à postuler, contre la doctrine de l'Église, la pluralité de mondes habités. Les étoiles sont des soleils qui elles aussi peuvent avoir des planètes semblables à la nôtre. En l'an 2000, au 400e de sa mise à mort, le numéro 2 de l'Église catholique déplore finalement ce «triste épisode» tout en défendant ceux qui l'ont condamné. Leurs actions étaient guidées par un désir de liberté et de bien commun… Ce bien commun s'apparente plus à une main mise sur les peuples, une position d'autorité qui n'a pour but que de retarder le progrès des sociétés. Rien n'a changé aujourd'hui, mis à part qu'ils (les dirigeants) n'ont plus le pouvoir de nous passer au bucher!

La raison pour laquelle on donne parole à l'Église dans nos médias est qu'ils ont réussi à nous faire croire qu'ils font partie intégrale de notre culture. En ces temps d'accommodements raisonnables, il est triste de voir que le militantisme identitaire passe souvent par la religion. Une histoire de kirpan, un voile islamique, des vitres givrées dans une salle d'entrainement et voilà que le Québécois moyen est inquiet. Cette religion, qu'on avait largement abandonnée depuis les années 70, semble malheureusement être la bonne façon de «résister» pour certains. À la place d'affirmer haut et fort que les religions n'ont pas plus de place dans l'espace public que la philatélie ou le yoga, on l'associe à notre culture. On va même jusqu'à défendre la présence du crucifix à l'Assemblée nationale parce qu’apparemment, ça fait partie de notre culture, de notre histoire. Et Le Canadien de Montréal, la poutine, ça n’en fait pas partie? Sérieusement, on l'enlève quand ce fichu symbole en forme de «t» orné d'un cadavre ensanglanté dans le Parlement de Québec?

Il y en a surement qui vont trouver que je manque de respect envers l'Église. À vous, je réponds: le respect, ça se mérite. Ce n'est pas parce qu'on se fait appeler «Monseigneur» et qu'on se proclame marchands officiels de la «Bonne Nouvelle» en majuscules qu'on mérite une place spéciale dans la société.

La raison pour laquelle l'Église catholique est directement visée par ma montée de lait n'est qu'arbitraire. C'est un hasard géographique, tout comme le fait que la majorité des Québécois sont catholiques. Ce n'est pas vraiment par choix. Parlant de choix, j’ai fait le mien en 2005 en me faisant apostasier. Ça n'a peut-être pas vraiment changé grand-chose dans ma vie, mais c'est libérateur. Maintenant, l'Église ne parle plus en mon nom. Il y avait N millions de catholiques dans le monde, maintenant c'est N millions moins 1. Qui sera N-2?

Photo: Statue de Giordano Bruno, Campo de' Fiori, Rome (Wikipédia)