Avant même d’avoir pris la parole lors de la plénière informelle qui devait servir à recueillir les commentaires sur les plus récents textes de négociations, vendredi soir, la Présidente Mexicaine de la COP16, Patricia Espinosa, recevait une ovation debout de quelques minutes. À ce moment précis, l’issu de Cancun venait de se décider : malgré les résultats limités que contenaient ces textes, ils valaient mieux qu’aucun résultat. Dans les minutes qui suivirent, les délégués de nombreux pays témoignèrent de leur confiance retrouvée dans le multilatéralisme.

Paradoxalement, c’est Cancun qui avait lancé un pavé dans la marre en 2003, alors que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’y écrasait lors de sa quatrième Conférence ministérielle. Dès lors commençait-on à douter de la capacité du multilatéralisme à instituer des mécanismes internationalement négociés pour faire face aux défis de la mondialisation et du développement. En outre, avec l’émergence de nouvelles coalitions de pays en développement et les premiers signes d’un changement plus profond des rapports de force géopolitique, l’échec de Cancun posait en vérité une question plus large : celle de l’avenir du multilatéralisme.

Aujourd’hui, Cancun semble avoir donner une réponse à cette question : que le multilatéralisme est toujours possible.

Il est difficile pour l’instant d’évaluer la portée et la qualité des textes (plus de 100 pages) qui ont été acceptés dans la nuit de samedi et dimanche. Je m’y attèlerai au cours du week-end. De manière générale, les « accords de Cancun », comme on les appelle déjà, comportent des avancements sur la question de la création d’un fonds à long terme sur le climat, ainsi que sur le financement à court terme (fast start). Le cadre pour affronter et les défis de l’adaptation dans les pays les moins avancés, les pays africains et les petits pays insulaires a aussi été plus clairement défini. L’enjeu de la transparence semble avoir trouvé une direction satisfaisante notamment grâce à la contribution de l’Inde et à l’ouverture de la Chine qui avait jusque là résisté. Enfin, l’accord sur la forêt (REDD) est aujourd’hui acquis.

Bref, ce sont là les décisions que l’on attendait de la COP16 lors de notre arrivée à Cancun. Tous les délégués ont largement souligné la qualité du travail de la Présidente, qui s’est assuré de la transparence du processus à chaque étape des négociations – transparence que l’ancien multilatéralisme n’a pas toujours su démontrer. Les coalitions de pays en développement, dont la plupart n’existent que depuis les dix dernières années ou moins, ont rendu la tâche impossible aux puissances qui négociaient des accords en secret avant de les présenter aux autres pays comme la seule voie possible. Il faut donc aujourd’hui réinventer le multilatéralisme pour refléter ces nouveaux rapports de force. Cancun était peut-être un premier pas en ce sens.

Évidemment, les « accords de Cancun » n’ont pas que des côtés positifs. Un nuage noir demeure à l’horizon et plane dans les environs de Durban, en Afrique du Sud, où aura lieu la COP17. C’est que, même si le texte préconise une continuation des négociations sur ce sujet, il n’y a pas dans les textes en question d’affirmation clair qu’il y aura une deuxième phase du Protocole de Kyoto, éléments que certains ont qualifié d’incontournable et que d’autres considèrent comme hors de question. Mais avant de s’inquiéter de la suite des événements, ne faut-il pas célébrer l’entente actuelle, qui lavera le nom de Cancun de son association avec le mot « échec », car nous avons maintenant les « accords de Cancun ».

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- Mon premier billet: Ma mission à la COP16 de Cancun

- Mon deuxième billet: Le Japon, le Groupe parapluie et la lutte contre le Protocole de Kyoto

- Mon troisième billet: Le Dialogue de Carthagène : vers une coalition des bonnes volontés?

- Mon quatrième billet: COP16: Orage à l'horizon

- Mon cinquième billet: Optimisme partagé mais modéré pour semaine 2 de la COP16

- Mon sixième billet: Le Climate Group, qu’ossa donne?

- Mon septième billet: L’état des négociations au crépuscule de la COP16