Lettre ouverte à la fédération norvégienne de hockey sur glace

Je m’appelle Bruno. Je suis un Canadien de Montréal et je me trouve à Trondheim pour des raisons familiales. Mon épouse, Norvégienne, travaille ici. Quant à moi, je devrai attendre onze mois avant d’avoir un permis de travail.

En attendant, je joue au hockey sur glace à Trondheim. Rien de sérieux. Je joue pour une équipe de 4e division qui s’appelle les Bambi Flyers (voir logo ci-contre).

Or, voilà que le 14 janvier dernier, l’équipe a reçu un courriel de la fédération norvégienne de hockey sur glace. Je résume :

« …en parcourant la liste des joueurs de votre équipe, on remarque que Bruno Fortin est possiblement un étranger. Sachez que pour avoir le droit de jouer en Norvège, il doit payer des frais de transfert de 7 150 kr (1 228$) ou bien 1000 kr par saison… ». Dans la même communication, la fédération s’interroge : « Y a-t-il d’autres étrangers qui évoluent avec les Bambi Flyers? »

Je dois dire que le fait de jouer au hockey ici compte pour beaucoup dans ma tentative d’intégration. Ça m’a permis de me faire des amis et le fait de continuer à pratiquer en amateur mon sport favori m’aide à amortir le choc culturel. En passant, je voudrais remercier mes coéquipiers de m’avoir accueilli au sein du club.

Sauf que je ne comprends pas : un prix à payer pour avoir le droit de jouer en Norvège? Des frais de transfert pour des vétérans de 4e division qui jouent pour s’amuser? Je me suis rendu à l’association de hockey du Trondelag-sud pour avoir des explications.

La dame derrière le bureau me raconte que la fédération ne fait qu’appliquer les règlements internationaux : ici, tous les joueurs étrangers, peu importe leur niveau, doivent payer: 7 150 kr ou 1000 kr par saison. Sans se formaliser du caractère injuste et discriminatoire de cette politique, elle ajoute que la fédération canadienne de hockey ne serait pas heureuse d’apprendre que je joue ici sans m'être acquitté des frais de transfert.

- Quel transfert madame? La fédération canadienne de hockey ne sait pas que j’existe! Au Canada, je joue dans ce qu’on appelle des « ligues de garage », ligues qui ne sont pas chapeautées par la fédération. La dernière fois que j’ai joué dans une ligue organisée j’avais 11 ans. J’en ai 38 et je n’ai aucun avenir chez les pros!

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Vérification faîtes auprès de la fédération canadienne, ils ne me connaissent pas et ça ne les intéresse pas non plus de savoir si je joue au hockey à Tombouctou, Baden-Baden ou Trondheim.

Donc si j’ai bien compris, en plus des coûts partagés par tous les coéquipiers (pour le temps de glace et les arbitres), je dois payer un supplément pour le simple fait d’être étranger. On est loin de l’idéal de Pierre de Coubertin, où le sport sert aussi à rapprocher les peuples.

Pourquoi donc devrais-je donner 7 150 kr à la fédération de hockey norvégienne? Vont-ils m’envoyer une médaille de participation et un fanion que je puisse accrocher au mur de ma chambre?

Ce qui me dérange également, c’est que le courriel original de la fédération où l'on me pointe comme étranger s’inquiète également d’un autre nom sur la liste : Wannemacher. N’est-il pas étranger lui aussi? Mauvaise prise pour la fédération: Wannemacher est tout ce qu’il y a de plus Norvégien, né et élevé en Norvège comme sa mère. Son père était d’origine autrichienne mais il ne jouait pas au hockey, heureusement.

C’est dire qu’à la fédération de hockey sur glace de Norvège, quelqu’un a du temps pour repérer sur les listes de joueurs d’équipes de 4e division les noms qui ne sonnent pas typiquement norvégien. Bravo.

J’aimerais leur donner un conseil : Plutôt que de faire la chasse aux étrangers, la fédération devrait utiliser ses ressources pour inciter les différentes municipalités du pays à offrir en hiver de véritables patinoires extérieures, règlementaires, avec des bandes en bois, des vrais buts de hockey et des cabanes pour chausser les patins et se réchauffer.

C’est ainsi que les jeunes Norvégiens, qu’ils se prénomment Lukas, Ingrid ou Ahmed, pourraient apprendre à apprécier ce sport et un jour, peut-être, faire partie d’une équipe nationale digne d’un pays d’hiver.