Une publication de la New York Academy of Sciences sur le bilan de l'explosion de Tchernobyl remet en question une étude antérieure de l'Agence internationale de l'énergie atomique

Le 26 avril 1986 à 1h23, le réacteur 4 de la centrale nucléaire Lénine en Ukraine, près de Kiev, explose à la suite d'une expérience. Non seulement cette expérience a été mal réalisée par les techniciens de la Centrale, mais ces derniers n'avaient pas respecté les procédures de sécurité. Un incendie se déclare et les pompiers de la petite ville voisine sont appelés. Ils seront tous irradiés. C'est seulement le lendemain que la population environnante est prévenue et évacuée progressivement; en tout, près de 250 000 personnes vivant en Ukraine, en Russie et au Bélarus seront déplacées. Les radiations se poursuivent jusqu'au 6 mai, mais les travaux de nettoyage et de décontamination, effectués par près de 800 000 ouvriers qu'on appelle les "liquidateurs", dureront plus longtemps.

L'Agence internationale de l'énergie atomique a publié en 2005 une étude sur les conséquences de l'explosion du réacteur 4, "The Chernobyl Forum", qui dit ceci à propos du nombre de victimes: "Although some received high doses of radiation during their work, many of them and the majority of the residents of areas designated as ‘contaminated’ in Belarus, Russia and Ukraine (over 5 million people) received relatively low whole-body doses of radiation, not much higher than doses due to natural background radiation." (p. 7)(Même si certains des liquidateurs reçurent de hautes doses de radiation au cours de leur travail, la plupart d'entre eux et la majorité des résidents de la zone désignée comme "contaminée" au Bélarus, en Russie et en Ukraine, reçurent des doses relativement faibles, pas plus élevées que les doses naturelles dans cet environnement.). Ce rapport reconnaît donc environ moins de 1000 morts par irradiation aiguë directement attribuables à l'accident chez les liquidateurs et 4 000 morts des suites d'un cancer de la thyroïde provoqué par les radiations dans la population environnante, notamment des enfants (p.7). Ce rapport a suscité l'indignation car il semble vouloir minimiser les conséquences de la catastrophe.

En 2009, une étude signée par Alexey Yablokov, Vassili Nesterenko et Alexey Nesterenko propose la plus grande compilation des études effectuées dans les pays touchés. Son bilan est fort différent. Plus de 110 000 liquidateurs seraient morts sur près d'un million de victimes décédées d'une variété de cancers.

Si les instances internationales de l'énergie nucléaire n'ont pas hésité au moins une fois à faire de la désinformation volontaire, comment croire que les données qu'elles fourniront à propos du Japon seront correctes et ne tendront pas à sous-estimer la réalité pour "sauvegarder" l'image de l'industrie nucléaire et de ses mesures de protection du public? Il est important et même crucial de multiplier les sources, d'écouter les personnes directement impliquées sur le terrain et de conserver un esprit critique sans relâche, y compris face aux discours des experts internationaux cités par les promoteurs de l'industrie nucléaire.