Cela n’aura pas été la première fois que la réalité déboulonne un mythe; à ceux qui croyaient, l’industrie gazière en premier lieu, que l’exploitation des gaz de schiste constituerait un outil de lutte contre les gaz à effet de serre, la réalité a répondu par la bouche de nombreux chercheurs, comme Robert Howarth, de l’Université de Cornell, dans l’État de New York.

Ce chercheur a publié une étude qui contredit les arguments avancés par l’industrie à l’effet que, de façon générale, exploiter cette ressource émet moins de CO2 que le charbon. Cependant, les critères pour mesurer le degré de pollution ne se réduisent pas à la quantité de particules émises dans l’atmosphère; il faut aussi considérer l’impact de ces particules sur une durée déterminée, ainsi que le type de gaz. À ce titre, d’après l’étude de Robert Howarth, l’empreinte du gaz de schiste dépasse d’au moins 20 % celle du charbon et peut être deux fois plus importante sur une période de 20 ans. Pourquoi 20 ans? Parce que c'est un chiffre qui tient compte de la durée de vie moyenne d'un puits de gaz. Or, le pouvoir de captage solaire d'un des principaux gaz contenus dans les puits, le méthane, aurait un pouvoir de captage solaire 72 fois supérieur à celui du charbon. Cette donnée provient du dernier rapport du GIEC. On sait que le gaz de schiste, qui n'est rien de moins que du gaz naturel incrusté dans de la roche, émet moins de GES que les autres combustibles, ce qui est vrai si l'on ne mesure pas la concentration de gaz émise durant le forage et la fracturation hydraulique; l'industrie gazière n'est pas pressée de mentionner ce détail.

L’argument défendu par celle-ci ne tient aussi la route que si on réduit la problématique aux impacts du CO2 dans l’atmosphère. Or, le méthane, est environ 20 fois plus nocif que le CO2, selon l’indice de PRG, même s’il reste bien moins longtemps dans l’atmosphère. La dangerosité du méthane accentue tout de même fortement l’empreinte des gaz de schiste, surtout si on se penche sur une autre variable : la production de CO2 à long terme issue des puits de gaz.

L’exploitation des puits, étalée sur une longue échelle temporelle, amènera, en bout de ligne, à une plus grande concentration de CO2 dans l’atmosphère. Selon les projections, il s’ajouterait entre 46 et 183 milliards de tonnes de ce gaz d’ici 2050. Avec la tendance générale vers une augmentation de la production d’énergie issue du gaz de schiste, il y a fort à parier que, même s'il avait un avantage écologique sur le charbon, celui-ci s'évaporerait, comme n'importe quel autre gaz à effet de serre.

Guillaume T-L'Heureux

Ce billet a été écrit dans le cadre d'un travail d'équipe pour le cours RED2301 - Problèmes de vulgarisation, donné par Pascal Lapointe, à l'Université de Montréal à la session d'hiver 2011.