Publicité

Autre action

Blogue

Vulgarisation de l'économie

Si vous n'y comprenez rien, parlez du marché!

Pascal Lapointe, le 18 août 2011, 13h17

Vous ne comprenez rien à l’économie, et vous devez malgré tout écrire un texte? C’est pas compliqué, parlez du marché. Ça va passer tout seul.

Vulgariser l’économie? Parfois, des auteurs y parviennent. La crise (les crises?) des dernières semaines ont donné lieu à quelques bons coups, dont voici deux exemples :

- cet effort de visualisation (méritoire!): ça ressemble à quoi, 14 300 milliards de dollars?
- et des chroniqueurs, ici et là, qui s'élèvent au-dessus de la tempête (autre effort méritoire) et nous expliquent pourquoi cette frénésie anti-déficit pourrait n’être qu’un écran de fumée pour masquer le problème auquel les politiciens savent ne pas avoir de solution : le chômage. (Robert Reich, Paul Krugman).

Sérieusement. On a coutume de dire qu’il est important de vulgariser les sciences —et c’est, après tout, le sujet de ce blogue. Mais comme je le signale souvent à mes étudiants, l’économie aurait elle aussi un grand besoin d’être vulgarisée.

Mon exemple préféré, c’est le marché. Pensez à tout ce que vous avez entendu depuis deux semaines. « Le marché est nerveux ». « Le marché panique. » « Le marché a le hoquet. » « Le marché hésite. » Quelqu’un va-t-il finir par nous le présenter, ce fameux marché? À quelles bassesses faut-il se livrer pour enfin obtenir une interview de ce célèbre personnage?

Chose certaine, ce qu’il y a de pratique avec Monsieur Marché, c’est qu’on peut lui faire dire ce qu’on veut... en fonction de l’histoire qu’on veut raconter! Le journaliste Ryan Chittum nous signale qu’au lendemain du vote du Sénat, à Washington, qui a mis un terme à la tragi-comédie du débat sur le plafond de la dette, le Wall Street Journal et le New York Times ont respectivement titré, le 2 août :

Le marché boursier américain chute en dépit du vote du Sénat
Le marché chute encore, en dépit du vote sur la dette

Ce qui est une façon facile de se faire croire qu’on a une histoire déjà toute prête à vous raconter : ah, ce vilain Monsieur Marché; pour une raison incompréhensible, il n’a pas bien réagi!

Alors que la véritable histoire, en cette fin d’été, ce serait plutôt que l’économie américaine est toujours aux prises avec un taux de chômage de 9,2%. Et ça, c’est passablement plus inquiétant pour Monsieur Marché que le vote des sénateurs. Moins il y a de gens qui travaillent, moins ils ont d’argent, donc moins ils achètent, donc plus ils créent d’autres chômeurs, et donc, « le marché » n’aime pas ça. Même moi, j’ai compris.

Le 4 août fut une journée encore pire : à la bourse de New York, la pire baisse depuis la crise de l’automne 2008. Baisses un peu partout dans le monde aussi. Les manchettes dans Le Devoir et le National Post du lendemain :

Lourde chute des Bourses mondiales
Panic as markets plunge

Sans me faire trop média-freudien, je pense pouvoir avancer que la manchette du National Post révèle qu'il était celui des deux qui, ce matin-là, paniquait le plus. C’était davantage « son » monde qui s’effondrait que celui du Devoir.

D’autant que son sous-titre était lui aussi révélateur :

« One shock away from failing into recession », U.S. economist says.

Ah, évidemment, si c’est un économiste qui le dit...

1 commentaire

Portrait de Anne-Marie Béneix

Est-il possible de détruire le Marché ? Oui, je le crois puisque celui-ci est fonction de la créance accordée aux échanges. Et des échanges, il y en a de moins en moins.Tous les États ont tellement abusé et les politiciens sont si peu fiables que je l'espère. C'est débile de vivre au rythme des Marchés. La vie vaut mieux que ça. En fait j'espère que ça va entraîner la destruction des États parce que ces derniers ne pensent qu'à surveiller, contrôler tout ce que nous faisons. L'être humain n'est pas un objet. Le vivant non plus d'ailleurs. Il serait temps de retrouver sa liberté. Ce n'est pas parce qu'on nous dit que nous sommes libres que nous le sommes. Nous avons tous et chacun vocation à la liberté, mais le confort, les rentes, les droits sont autant de privilèges qui vont probablement nous être retirés (parce que l'État ne pourra plus faire face à ses engagements). Réjouissons nous parce qu'enfin nous allons devoir répondre par notre existence à la liberté. Il n'y a pas de liberté sans responsabilité n'est-ce pas ? Alors qu'avons-nous besoin d'un État ?
Nous n'aurons pas de paix sans justice et pas de justice sans équité. Mais l'équité exige la recherche de la vérité et celle-ci ne se trouve que grâce à la liberté. Nous avons tout faux