Une (autre) controverse à propos du prix Nobel de médecine 2011
Réflexion sur certains enjeux de pouvoir propres à la publication scientifique
Cette nouvelle controverse met en action un ancien "jeune chercheur" qui affirme être le principal auteur de l'article qui a valu le prix Nobel de médecine au directeur de son laboratoire, dont le plus grand mérite semble être les contacts et l'habileté politique.
Cette affirmation me semble - hélas pour l'intégrité de la science - être entièrement crédible et décrire un état de situation fréquent en recherche biomédicale, en sciences de la nature et en sciences de l'éducation. En effet, dans ces sciences, la pratique "normale" est d'attribuer chaque article publié dans une revue scientifique à de nombreux co-auteurs : les chercheurs principaux, les co-chercheurs, les assistants de recherche et même parfois les dirigeants du laboratoire qui ne connaissent même pas le contenu de la recherche ainsi publiée. Cette pratique valorise certes le travail d'équipe, mais assure aussi à chaque co-auteur une publication supplémentaire à mettre dans son cv, notamment dans le cas des directeurs ou directrices de thèse qui mettent leur nom à côté de celui de leur étudiant-e même si tout le travail (recherche et écriture) a été effectué par l'étudiant-e. Cette pratique a beaucoup moins cours en sciences humaines et sociales où, en général, seul signe un article celui ou celle qui l'a écrit, mais il ou elle doit mentionner dans ses remerciements toutes les personnes et institutions qui l'ont appuyé-e.
Il semble que le principe qui justifie cette pratique est que le directeur ou la directrice du labo, de l'équipe ou de la thèse a fourni l'argent et les moyens techniques nécessaires à la recherche. Ce principe est fragile face à la corruption: qu'arrivera-t-il quand les organisations commanditaires voudront mettre le nom de leur PDG parmi les co-auteurs d'un article sur la recherche qu'elles ont financées?
Les directeurs et directrices ont peut-être aussi donné leur avis sur le texte à un moment donné ou partagé une idée avec l'auteur : leur statut de co-auteur leur serait donné en contrepartie? Une idée doit-elle ainsi toujours être rémunérée symboliquement?
Une autre possibilité est que l'auteur du texte ne soit qu'un rédacteur technique qui applique un modèle déjà prévu d'écriture d'article scientifique. Dans ce cas, qu'est-ce qu'être un chercheur?
La pratique qui a cours en sciences biomédicales, de la nature et de l'éducation montre que les rapports hiérarchiques dans l'institution scientifique se reflètent dans l'écriture des articles scientifiques. Certes, dans certaines revues scientifiques, la description de la répartition des responsabilités dans la fabrication du texte est clairement indiquée (certaines revues médicales l'exigent en raison du phénomène du Ghostwriting), mais dans la plupart des revues, ce n'est pas encore une pratique adoptée.
Les étudiants tolèrent cette pratique probablement pour "faire comme les autres", parce qu'ils en profitent quand leur nom apparaît sur un article auquel ils n'ont pas contribué ou par crainte de déplaire à la hiérarchie universitaire qui leur attribue des bourses et une place dans les laboratoires.
Il est temps que la discussion commence sur cette pratique dont les valeurs sous-jacentes ne semblent pas très compatibles avec l'idéal d'une science non marchande, généreuse et ouverte sur le bien commun.
3 commentaires
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par Florence Piron
il y a 22 semaines
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Évacuer le nom d'un auteur "subordonné" ou ajouter le nom d'un directeur de labo ou de thèse qui n'a pas contribué à l'article sont deux pratiques inacceptables, quelle que soit la discipline. Je viens de trouver ce texte d'une éditrice qui propose une position sur cette question dans le domaine biomédical. an “author” is generally considered to be someone who has made substantive intellectual contributions to a published study, and biomedical authorship continues to have important academic, social, and financial implications (1). An author must take responsibility for at least one component of the work, should be able to identify who is responsible for each other component, and should ideally be confident in their co-authors’ ability and integrity. |
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par Yvan Dutil
il y a 22 semaines
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En science naturelle et en génie, il est normal d'avoir plusieurs auteurs pour les articles scientifiques en raison de la complexité de la tâche. Ainsi, il n'est pas rare dans la même équipe d'avoir celui qui à imaginer une phénomène, celui qu'il l'a simulé, celui qui a conçu l'expérience en se basant sur les modèles, celui qui a effectivement construit le montage, celui qui amené l'expérience et celui qui a analysé les données. Il se peut aussi qu'il y a eu plusieurs participants à chacune de ses étapes. Le cas du directeur de labo est plus flou. Dans certains cas, il agit comme chef d'équipe et participe activement à la rédaction des articles scientifiques tout en coordonnant les activités des différents membre de l'équipe. Cependant, ce n'est pas le cas dans tous les labos. En effet, dans certains cas le directeur du labo est celui qui va chercher l'argent qui est nécessaire à faire rouler le labo. C'est bête à dire, mais s'il ne produit pas assez d'articles, le labo n'aura pas sa subvention de recherche et la recherche ne se fera tout simplement pas. On voit facilement que les contraintes opérationnelles et financières ne sont pas de commune mesure à ce que l'on retrouve dans le domaine des sciences humaines. Par conséquent, cela à des incidences sur la façon dont se fait la recherche est la façon dont les publications sont écrite. |
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Cette pratique a beaucoup moins cours en sciences humaines et sociales où, en général, seul signe un article celui ou celle qui l'a écrit, mais il ou elle doit mentionner dans ses remerciements toutes les personnes et institutions qui l'ont appuyé-e.
Faux - J'ai travaillé en recherche en anthropologie pendant 15 ans et cette pratique est aussi courante dans les sciences humaines.... surtout dues à l'égo des professeurs. J'ai écrit des rapports et des articles sans que mon nom ne soit cité... ou que simplement l'article travaillé soit remis au professeur sans avoir de nouvelles d'une publication en retour...