Avec ses 1.8 millions d’habitants, la Gambie est un des plus petits pays d’Afrique. Sa superficie ne représente que 50 km de côte Atlantique par 450 km à l’intérieur des terres: c’est en quelque sorte «la banane dans la bouche du Sénégal.»

J’y suis maintenant depuis 3 mois, autant à venir. Ayant récemment obtenu mon diplôme, l’ingénieure en moi à bien voulu braver les frontières de l’inconnu. Mes premiers pas dans ce métier s’avèrent non-conventionnels. Ce stage sur les énergies renouvelables avec REAP-Canada allient à la fois la coopération internationale, la science et la richesse des contacts humains.

Cours 101: la Gambie

La Gambie est loin de rivaliser avec les économies occidentales. 85% de la population vit avec moins de 2$ par jour. L’accueil fut par contre sans pareil: des gens si chaleureux dans un environnement très convivial et décontracté. «Naka suba si? Ana waa kerr? Jaama nga am » -(Comment va la matinée? Comment va la famille? J’espère que la paix est avec vous?) Le stress ne se fait aucunement sentir pour des miles à la ronde. Je découvre jour après jour une culture riche et vivante qui ne cesse de m’en mettre plein la vue. Malgré les difficultés du quotidien, les gens ont le cœur à la fête. Tout devient une bonne raison pour sortir les tams-tams et se mettre à danser.

Le secteur agricole emploi plus de 75% de la population. Malgré une culture de subsistance prédominante, l’agriculture génère environ le quart du PIB (principalement l’arachide, le riz et le mil). Les produits de l’arachide représentent à eux seuls près de 80% des exportations, l’industrie du poisson près des 20% restant. Le riz et le mil cultivé sont surtout mangés dans la famille ou vendu au marché local. Par contre, la sécurité alimentaire du pays est fragile. Les camions remplis de sacs de riz en provenance des États-Unis ou du Vietnam en témoignent.

La Gambie, ancienne colonie anglaise, a obtenu son indépendance en 1965. Située dans la zone sub-saharienne, la température annuelle moyenne n’y est pas moins de 29°C. Le climat se divise en deux saisons distinctes. La saison des pluies (mai à octobre) colore le paysage d’un vert flamboyant avant que la période sèche (décembre à mai) ne le ramène à un rouge terre bien unique. Maintenant, à cette période de l’année, il n’y a qu’une certitude : il fera soleil aujourd’hui. L’air est sec, le sable s’envole sous le souffle du vent sec de l’harmattan, le désert s’approche peu à peu.

Aperçu des enjeux environnementaux de la région du Sahel

Avec le Sahara à ses portes, la Gambie lutte contre une avancée grandissante de celui-ci. La fertilité des sols et la sécurité alimentaire demeurent précaires. Les pluies en période humides ou les vents forts en période sèche érodent la couche fertile des sols. Certaines pratiques agricoles, dont la monoculture de l’arachide, engendrent également une perte de la matière organique essentielle aux bonnes récoltes. Dans ce climat dont les conditions arides ne sont qu’accentuées par les changements climatiques, une attention particulière doit être portée vers une gestion intégrée des ressources naturelles.

Les forêts n’y échappent pas non plus. Celles-ci se voient disparaître au rythme d’une population grandissante par l’expansion des terres agricoles, l’urbanisation et les besoins énergétiques croissants. La forêt couvre seulement 1,1% du territoire alors qu’avant les années 1970, elle en occupait autant que 60%. Ici, le bois représente 90% de l’énergie utilisée pour la cuisson des aliments. Le foyer traditionnel à trois roches sur lesquelles on pose la marmite est utilisé dans la majorité des pays en voie de développement. Sa combustion inefficace brûle davantage de bois que ce qui serait normalement requis.

Un stage, un projet

Et pourquoi suis-je ici? Le Centre de formation agricole de Njawara (NATC) est un organisme communautaire fondé pour contrer l’exode rural des jeunes. Depuis 1990, NATC promeut l’agriculture et l’agroforesterie écologique ainsi que la gestion viable des ressources naturelles par le biais de formations destinées aux agriculteurs. En tant que diplômée en génie des bio-ressources, je supporte les initiatives locales de cette ONG au cours de ce stage en Gambie. Je participe présentement en collaboration avec le centre et des groupements de femmes à développer un modèle de foyer amélioré pour réduire le rythme de la déforestation. La combustion efficace permettra de réduire la quantité de bois pour la cuisson des aliments. Je contribue également à l’implantation d’un foyer dont les résidus agricoles sont le combustible principal. Dans ce cas, un déchet devient une ressource inestimable!

Pour l’instant

J’ai adopté depuis mon arrivée ce nouvel environnement. J’apprivoise les coutumes locales parfois si différentes des nôtres. Les défis que je rencontre contribuent jusqu’à présent à faire de ce séjour ici une expérience unique. Je vous ferai découvrir ce coin de pays, avec un voyage à travers les mots!