Si les applications nanotechnologiques dans le secteur agroalimentaire en sont encore à leurs débuts, les développements dans ce domaine se poursuivront désormais à grande vitesse. Sur le plan international, l’importance des investissements en recherche laisse présager l’arrivée massive d’innovations de nature nanotechnologique dans le secteur agroalimentaire.

« Sommes-nous prêts à les recevoir dans nos champs, dans nos usines, dans nos estomacs? », se questionne Vincent Richard, chargé de projet pour le rapport Enjeux éthiques des nanotechnologies dans le secteur agroalimentaire de la Commission de l’éthique en science et en technologie (CEST).

Les compagnies agroalimentaires auraient surtout développé des produits issus des nanotechnologies dans le secteur de la distribution. Par exemple, plusieurs nouveaux matériaux d’emballage possédent des propriétés « barrières » qui protégeraient mieux les aliments, ce qui en augmenterait le temps de conservation. Les compagnies seraient sur le point de les commercialiser.

Pour l'instant, une diète amaigrissante en micropilule où les ingrédients actifs ont été réduits à la taille nanométrique afin d’en maximiser l’absorption et l’efficacité est le seul produit issus de la nanotechnologie commercialisé actuellement au Canada.

Dans son rapport, la CEST note un manque d’informations quant aux effets nocifs potentiels des nanotechnologies appliquées dans le secteur agroalimentaire. De plus, la multiplication et la complexification des voies d’exposition de ce type de matériau renforcent l’idée d’un effet nocif potentiel. La Commission souligne aussi le peu d’efforts de recherche dans ce domaine en comparaison de l’effort qui est consenti pour la recherche et le développement dans une perspective de commercialisation.

D’une part, la CEST remarque qu’ :

« il est difficile d’évaluer le risque lié à ces technologies en raison d’un important déficit de connaissances. En effet, on sait peu de choses sur le risque associé aux produits issus de ces technologies, par exemple, sur la toxicité des nanoparticules de synthèse utilisées dans les différents secteurs agroalimentaires ».

D’autre part, elle considère que cette même évaluation doit considérer le caractère vital des activités liées à l’alimentation. De plus, la Commission constate que :

« plusieurs facteurs sociaux et culturels guident les choix alimentaires des consommateurs. Cette logique du consommateur est généralement complexe et difficile à apprécier. »

Selon la CEST, les enjeux liés aux développements technoscientifiques conjugués aux questions entourant l’alimentation peuvent contribuer largement à miner la relation de confiance entre le gouvernement et les consommateurs et les citoyens.

Aucun cadre réglementaire propre aux nanotechnologies n’existe actuellement au Canada. elles sont réglementées en vertu des lois et des règlements existants. La CEST se demande si ce cadre réglementaire est adéquat.

Selon la CEST, les gouvernements doivent s’assurer de l’efficacité et de la transparence des processus d’homologation qui s’appliquent aux aliments issus des nanotechnologies. Dans une perspective démocratique, elle recommande que :

« le gouvernement s’engage à rendre accessible aux différents acteurs toute l’information scientifique disponible et pertinente ainsi qu’à mettre en place les dispositifs nécessaires pour assurer un dialogue avec les citoyens au sujet du risque. »

Elle est aussi d’avis que la question de l’étiquetage ne doit pas être occultée.