Pas de doutes, le laboratoire du géophysicien Alain Royer, professeur au département de géomatique appliquée de l'Université de Sherbrooke, détonne.

Typiquement blanc, isolé, froid, particulièrement hostile, mais bien éclairé (pour une partie de l'année), aéré et étonnement spacieux. Spacieux comme dans 14 millions de kilomètres carrés. Le labo plein-air du professeur Royer, c'est tout l'Antarctique. 98% de ce continent est recouvert de glace et de neige, parfois jusqu'à 4000 m d'épaisseur.

C'est cette neige qui intéresse d'ailleurs Alain Royer. Son mandat : développer une méthode afin de quantifier cette neige à distance en reconstruisant les différents paramètres qui la définissent, tels que la taille des grains, la densité ainsi que la hauteur de celle-ci.

Le professeur Royer s'intéresse à la neige en général, à sa structure, à sa couverture et à bien plus. Il travaille à la mise au point de nouveaux algorithmes, des méthodes d'analyse mathématique qui permettent d'identifier ces propriétés à partir de mesures satellites qui sont prises constamment à travers la planète.

La neige, comme toute chose, émet un rayonnement selon sa température. C'est ce rayonnement, spécifiquement les micro-ondes, que captent ces satellites. Or, le lien entre le signal et ces paramètres n'est pas évident, car celui-ci est le résultat de l'impact de différents paramètres qu'il faut apprendre à décomposer à l'aide de divers modèles.

Avant de se lancer dans l'analyse à grande échelle des neiges de la planète, il faut tester les modèles. D'où la présence au début de 2012 de chercheurs comme Alain Royer en Antarctique, sa première visite sur ce continent le plus inhospitalier de la Terre. La base Concordia, visitée par Royer, en fait foi. Ce camp est situé en plein coeur du continent, loin de toute trace de vie. L'ensemble de ce qui est consommé doit donc être apporté de l'extérieur, par avion ou par convoi terrestre, qui exige plus d'une semaine de conduite, à vitesse réduite, sur des routes de glace mornes mains dangereuses.

Ces risques n'ont pas découragé Alain Royer, qui n'a pas hésité à profiter du convoi pour ajouter de nouvelles mesures à son expérience, des mesures qui ont déjà apporté des faits surprenants de la structure des neiges et des glaces sous la surface.

Si l'analyse de l'expédition de Royer et de son collaborateur n'est pas terminée, les applications des modèles développés ont déjà trouvé preneur et plusieurs acteurs, tels qu'Hydro-Québec, attendent déjà impatiemment les résultats de ces recherches. La société d'État souhaite pouvoir utiliser les données satellites afin de prévoir de manière beaucoup plus précise les crues saisonnières selon la neige cumulée et ainsi optimiser la gestion de ses réservoirs d'eau, pièces maîtresses de la puissance énergétique produite au Québec.

Avec les changements climatiques déjà à notre porte, de tels modèles sont encore plus nécessaires afin de comprendre comment le réchauffement de la planète affectera la capacité d'hydroélectricité du Québec et, de là, notre richesse collective. Voilà comment une expédition en Antarctique peut contribuer à comprendre des causes et effets qui auront un impact même sur l'économie québécoise. Ce qui n'est pas une excuse, bien sûr, pour tarder à agir sur cette question.