Épuisement des gisements, impacts environnementaux et économiques : Le défi des ressources minières , le dernier livre de Normand Mousseau dresse un portrait complet des enjeux internationaux entourant la question de l’exploitation minière. Entrevue.

Autour des Blogues (ADB) : Les médias évoquent régulièrement l’épuisement des ressources minières. À la lecture de votre livre, l’abondance des minerais semble dépendre de l’effort technologique déployé pour les extraire. Dans quelle mesure? Pourrait-on arriver à un épuisement complet de certains gisements?

Normand Mousseau (NM) : Nous ne connaîtrons pas un épuisement complet des ressources. En revanche, certaines seront bientôt trop peu disponibles pour être économiquement intéressantes. Il faudra alors déployer des moyens pour réutiliser ou remplacer les matériaux actuels. Le recyclage par exemple, est un enjeu qui conditionne la disponibilité. Il existe aussi des alternatives à certains minerais qui pourraient être remplacés par un autre, peut-être moins performant, mais plus commun.

ADB : Les nouveaux procédés pour exploiter les ressources plus difficiles d’accès se traduisent-ils par des impacts plus graves sur l’environnement?

NM : Non, car pour abaisser les coûts de production, l'industrie minière a diminué le gaspillage et donc, les impacts environnementaux. En revanche, le nombre de mines est aujourd’hui en augmentation, par conséquent l'impact environnemental de cette industrie s’accroît. On a aussi de plus en plus de mines à ciel ouvert, ce qui implique que l’on doive creuser un secteur dans son ensemble et trier la matière extraite pour ne retenir que la partie intéressante. Ça engendre plus de déchets et donc des impacts sur l'environnement.

ADB : Quels sont les meilleurs exemples d’une exploitation réussie dans le monde?

NM : Les cas parfaits sont rares! Celui de l'Indonésie est intéressant au niveau économique, mais il est peut-être trop tôt pour en juger. Il existe dans ce pays un contrôle de la propriété des ressources. On exige qu'elles profitent au niveau local. Ça permet des retombées directes en termes d'emplois et d'accès aux biens produits. Elle s'assure par exemple qu'une partie du charbon exploité reste sur le territoire.

ADB : Et au niveau environnemental?

NM : Il n'y a pas de bons exemples de ce point de vue. Les gros producteurs continuent de poser problème, on manque de contrôle sur les exploitations et les mines en fin de vie sont abandonnées sans remise en état des sites. Des coûts sont imposés par les autorités pour prévoir ces travaux de réfection, mais ils ne suffisent pas à couvrir les frais.

ADB : Quel est votre point de vue au sujet de l'exploitation minière au Québec?

NM : Je ne suis pas contre le développement minier, mais on oublie de se poser une question fondamentale : qu'est ce que l'exploitation de ces ressources nous apporte? Veut-on réellement les exploiter aujourd'hui? Nous pourrions tirer des bénéfices plus globaux de l'exploitation des ressources minières. Nous pourrions par exemple développer des procédés qui pourraient être utilisés à l'étranger et profiter réellement du dynamisme de ce secteur économique.

ADB : Qu'est-ce qui a motivé aujourd’hui l’écriture de ce livre?

NM : J'ai commencé par m'intéresser aux gaz de schiste, car on se demandait si on en avait vraiment besoin au Québec. Je me suis alors rendu compte qu'il fallait s'intéresser à l'ensemble des ressources minières, à leur place dans le monde de façon globale. Le prix des ressources minières qui augmente, le plan Nord, et l'intérêt grandissant pour ces ressources au Canada, sont autant d’éléments qui ont aussi attiré mon attention.