Le décrochage scolaire est en baisse au Québec depuis quelques décennies. En 1979, 41,6 % des étudiants de 19 ans n’avaient pas obtenu leur diplôme d’études secondaires alors que ce chiffre passait à 17,1 % en 2009.

Il y a 30 ans, l’écart entre les sexes au niveau du décrochage était aussi faible (44,7 % chez les garçons et 38,3 % chez les filles), tandis qu’aujourd’hui, il est plus marqué (21,6 % chez les garçons et 12,4 % chez les filles).

«Il existe beaucoup de données documentant le décrochage scolaire chez les garçons. Les commissions scolaires ont des plans spécifiquement adaptés pour eux. Mais, qu’en est-il des filles?» questionne Sylvain Malette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Afin de trouver la réponse, la FAE, en collaboration avec Relais-femmes, a décidé de documenter le phénomène du décrochage scolaire chez les filles en demandant à Isabelle Marchant, candidate au doctorat en service social à l’Université de Montréal et membre de l’Institut de recherche et d’études féministes de l’UQAM, de réaliser une recherche exploratoire.

Incidences plus graves à long terme

Même si le décrochage scolaire chez les filles est moins élevé que chez les garçons, le phénomène est tout aussi préoccupant, et peut-être même davantage. Sylvain Malette explique: «L’étude a permis de démontrer que les garçons et les filles ne décrochent pas pour les mêmes raisons. Les garçons quittent les bancs d’école à cause de troubles d’apprentissage et de problèmes de comportement, alors que les filles décrochent plus souvent pour des raisons personnelles reliées à des difficultés familiales, des cas de violence ou des troubles d’anxiété et qui finissent par mener à des problèmes d’apprentissage.»

À long terme, les conséquences économiques marquent aussi plus profondément les décrocheuses. En effet, alors que les garçons arrivent tout de même à décrocher un emploi bien rémunéré, on ne peut en dire autant pour les filles. L’étude démontre entre autres que 61 % des répondantes sont des femmes au foyer, bénéficiaires du programme d’aide sociale ou dépendantes d’un conjoint, et seulement 8 % gagnent plus de 15 $ l’heure.

Décrochage chez la mère et l’enfant

La grossesse peut être une autre des raisons du décrochage scolaire chez les filles. Et elle pourrait avoir une plus grande conséquence à long terme, surtout si la jeune mère vit seule.

«Les filles n’auront pas la même chance de faire un retour à l’école, surtout si elles doivent élever leurs enfants sans le père», souligne Sylvain Malette.

De plus, les mères faiblement scolarisées ont par la suite plus de difficultés à soutenir leurs propres enfants à l’école. «Lorsqu’il est temps de faire les devoirs et les leçons avec leurs enfants, ces mères se sentent mal outillées et font face à un sentiment d’incapacité», se désole le président de la FAE.

Sylvain Malette est d’avis que le ministère de l’Éducation et les commissions scolaires devraient prendre acte des résultats de l’étude et ainsi entreprendre des actions qui arriveront à mieux soutenir les jeunes étudiantes.

Par Marie-Eve Cloutier – Agence Science-Presse