Lorsqu'on me questionne sur mes études en microbiologie clinique, je réponds que j'ai fait beaucoup d'épidémiologie. Je vous rassure, il ne s'agit pas de la «science des épidémies» comme on pourrait conclure rapidement, mais plutôt de l'étude des facteurs qui ont une influence sur l'état de santé des populations.

Toujours est-il que l'épidémiologie reste une science peu connue du public, bien qu'elle joue un rôle très important dans toutes les actions de santé publique qui ponctuent notre quotidien. Je vous propose donc de vous en dire un peu plus sur le sujet.

L'épidémiologie est une science fondamentale sur laquelle reposent les interventions et les enquêtes de santé publique. Toutefois, si on se place dans la perspective du XXIe siècle, on peut remonter le cours de l'histoire et se rendre compte que l'épidémiologie n'est pas une discipline nouvelle, loin de là!

Les premiers travaux épidémiologiques ont d'abord aidé à comprendre, à prévenir et à combattre les maladies épidémiques. Hippocrate (460-377 av. J.-C.) qui est considéré comme le premier épidémiologiste, a décrit les symptômes et l'évolution d'un certain nombre de maladies infectieuses qui sévissaient dans la Grèce antique, comme la pneumonie et les oreillons. Dans ses ouvrages, il a établi le lien entre les maladies et divers facteurs naturels et a fait ressortir l'importance de l'influence de l'environnement sur la santé.

Thomas Sydenham (1624-1689) surnommé «l’Hippocrate anglais» s’est fait connaitre par ses descriptions rigoureuses de maladies comme la goutte, le paludisme, la rougeole et la syphilis. Ces descriptions ont permis de voir ces maladies comme des entités distinctes et il a montré que si l'on voulait comprendre et éventuellement prévenir une maladie, il fallait d'abord la reconnaître et la décrire.

Néanmoins, la reconnaissance de l'épidémiologie comme champ d'études est relativement récente, puisque la première étude significative remonte à 1854. À cette époque, John Snow (1813-1858) s’est servi de méthodes épidémiologiques pour étudier et maîtriser une éclosion de choléra qui sévissait dans la ville de Londres en Angleterre. Ses travaux sur la transmission du choléra et la découverte de son agent étiologique, la bactérie Vibrio cholerae, lui ont valu d’être reconnu comme le «père de l’épidémiologie de terrain» . Il a en effet associé les cas de choléra à une exposition à de l’eau distribuée par certains fournisseurs de la ville, dont les sources d’approvisionnement étaient contaminées par des eaux d’égout.

La réflexion épidémiologique à travers les âges a grandement contribué à faire avancer notre compréhension de l'origine de la santé et de la maladie. Aujourd’hui, la définition de l'épidémiologie s'est élargie de telle sorte qu'elle englobe maintenant un vaste éventail de maladies, de comportements et d'événements liés à la santé. L'épidémiologie favorise un arrimage entre la santé publique et les milieux de soins, par la recherche clinique auprès de groupes d’individus affectés par un problème de santé. Dans un contexte de santé publique, l'épidémiologie fournit des éléments d'information qui orientent des interventions concrètes. C’est une science qui participe directement aux actions de santé publique et permet d’étayer la prise de décision.

______

Patrick D. Paquette, M.Sc., Mcb.A., RMCCM Microbiologiste agréé & biochimiste Consultant en prévention des infections

Suivez-moi sur Twitter: @patdpaquette │ Courriel: mesconsultants@outlook.com