Quand on y pense, la vie des humains tourne beaucoup autour d’histoires qu’on se raconte. À propos du monde, des autres, de nous-même. Traditionnellement le conte, mais aujourd’hui la littérature et le cinéma, ne font que ça au fond, et ce, dans toutes les cultures. Il doit bien y avoir dans le cerveau «quelque chose» qui résonne particulièrement bien avec ça…

Ce quelque chose pourrait bien ressembler à ce qu’on appelle le circuit du mode par défaut, cet arrangement particulier de structures cérébrales dont l’activité augmente quand on fait… absolument rien! D’où l’expression «par défaut».

Mais plus on observe ces structures en imagerie cérébrale fonctionnelle, plus on fait de méta-analyses d’études existantes comme celle qu’ont publiée Richard J.S. Wise et Rodrigo M. Braga en décembre dernier, plus on s’aperçoit que ce réseau du mode par défaut s’active dans des situations diverses où l’on n’est finalement pas si inactif que ça. En fait, on commence à comprendre que ce réseau est associé à ce qu’on appelle couramment l’introspection, le fait de réfléchir sur nous-même, sur les autres, sur ce qu’on a fait ou ce qu’on va faire.

Dans le cas de cette étude, on note que le réseau du mode par défaut et d’autres structures cérébrales s’activent lorsqu’on présente aux sujets des versions écrites ou parlées d’une histoire. Parmi ces autres structures, on retrouve d’une part celles des régions sensorielles directement impliquées (auditives ou visuelles) qui convergent vers les réseaux cérébraux du langage (ce qu’on pourrait appeler de l’activité «bottom-up»), et d’autre part, l’activité de réseaux nous permettant d’inférer, de se souvenir, d’imaginer ou d'être créatif, des fonctions «top-down» toutes aussi essentielles pour comprendre un récit.

Les auteurs constatent ici que ces circuits cérébraux sont fonctionnellement liés à ceux du réseau du mode par défaut pour accomplir une tâche complexe mais que nous accomplissons constamment sans effort, celle de comprendre une histoire qu’on nous raconte.