Du Ritalin aux injectables en passant même par la pénicilline, les pénuries de médicaments sont fréquentes au Québec et au Canada. Pourquoi? Et surtout, y-a-t-il des solutions?

Thomas Duchaine thomas.duchaine.1@ulaval.ca

Nous pouvions lire dans les médias le 26 février dernier qu’une pénurie de Ritalin était en cours au Québec. Bien que la situation semble se rétablir, ce nouvel épisode soulève des questions. Outre les journées difficiles que cette situation fait subir à bien des patients, médecins et pharmaciens, c'est le flou général qui règne quant aux causes de la pénurie et l'annonce tardive de cette dernière qui retiennent l'attention.

«Comme les compagnies n’ont pas à être transparentes, on ne peut pas savoir pourquoi le Ritalin n’était pas disponible», souligne Manon Lambert, directrice générale de l’Ordre des Pharmaciens du Québec. Selon elle, il peut y avoir mille et une raisons. Du manque de matières premières, en passant par la fermeture d’un site de fabrication jusqu’aux questions de pures stratégies de choix de marchés des compagnies.

Pour la psychiatre Annick Vincent, cette absence d’information est troublante. «On ne sait pas ce qui se passe, mais je sais qu’une de mes patientes a dû faire le tour des pharmacies de Québec, cette semaine, avant de trouver sa médication». Or, le Ritalin est un médicament contrôlé et une fois la prescription enregistrée dans une pharmacie, elle n’est pas transférable. Il faut donc obtenir une nouvelle prescription de son médecin pour se procurer son ordonnance dans une autre pharmacie.

Le Ritalin est un psychostimulant essentiellement utilisé pour traiter le trouble du déficit d’attention (avec ou sans hyperactivité). La dénomination «Ritalin» vient du médicament d’origine fabriqué par Novartis. Plusieurs autres compagnies, comme Apotex, Pharmel, Pro Doc ou Pharmascience fabriquent des génériques qui portent généralement des noms dérivés de l'identifiant scientifique du médicament: le méthylphénidate (chlorhydrate de). La pénurie a d'abord touché la dose de 10mg, la plus prescrite, et un effet cascade s'est fait sentir sur les doses de 5mg et de 20mg.

Confusion

Une revue des informations du site Canadian Shortage Drug Database , la seule base donnée canadienne où les compagnies annoncent, sur une basse volontaire, les dates de ruptures et de rétablissements des stock, ajoute à la confusion. En effet, la première compagnie à y inscrire une rupture de stock est Novartis. En date du 5 février (rétabli le 26 mars), elle annonce une rupture pour la dose de 10mg, en indiquant qu'une hausse inattendue pour son médicament s'est opérée dû à une pénurie dans les génériques de même dosage. Or, ce n'est que n'est que le 26 février qu'apparaissent les inscriptions de rupture d'Apotex (rétabli le 17 mars) et de Pharmascience (rétabli le 21 mars) pour le même dosage. Quant à Pharmel et Pro Doc, il n'y a aucune inscription.

La Régie de l'assurance maladie du Québec, a, de son côté, émis un communiqué à l'intention des pharmaciens propriétaires le 26 février, leur indiquant la rupture de stock des génériques d'Apotex, Pharmascience, Pharmel et Pro Doc, sans aucune mention du médicament d'origine de Novartis. La Régie y précise qu'un autre générique est disponible. Le 28 février, elle a émis un deuxième communiqué, cette fois pour annoncer que les doses de 20 mg chez les quatre mêmes génériques étaient en rupture (rétablies depuis pour certains). La Régie y indique qu'elle remboursera temporairement le 20 mg de chez Novartis, qui est en rupture depuis, selon l'inscription du 14 mars de Novartis. Les communiqués se terminent avec la mention que les pharmaciens seront informés lorsque les médicaments seront de nouveau accessibles. Rien depuis, pourtant les compagnies elles même annoncent le rétablissement de plusieurs de leurs stocks sur le site Canadian Shortage Drug Database.

Bref, difficile de s'y retrouver. Et ce qui étonne c'est l'aspect tardif des annonces. En fait, on annonce la pénurie, alors qu'elle est déjà en cours.

Prévention

Or, la prévention est importante quand il s'agit de jongler avec des médications de ce type. Un générique ne fait pas nécessairement le même travail pour un patient qui utilise un médicament d'origine. «Pour ma patiente qui a fait le tour des pharmacie de Québec, le médicament d'origine est le seul qui convienne, elle a tout essayé», souligne la Dr. Vincent. Pour Manon Lambert, la situation doit changer. «Un marché devrait être mis au courant suffisamment d'avance pour que la modification des ordonnances puissent être effectuée», explique-t-elle.

Et actuellement, les gouvernements semblent avoir peu d'outils en main pour exiger plus de transparence de la part des compagnies pharmaceutiques. «Nous avons demandé au gouvernement fédéral de mettre en place une loi pour obliger les compagnies à divulguer plusieurs mois à l'avance une rupture de stock volontaire ou involontaire, pour que les professionnels et les patients puissent réagir», explique Manon Lambert. Elle rappelle que le dernier projet de loi en ce sens (projet de loi C-523), proposé par le NPD, a été battu en chambre le 12 février dernier.