Est-ce que vous avez lu le livre Divergence? Ou vu le film qui porte le même nom? Le livre raconte qu’à 16 ans, les adolescents doivent passer un test pour choisir une des cinq factions, pour la vie: les Altruistes, les Sincères, les Audacieux, les Fraternels, les Érudits.

Le jour du passage du test d'aptitude, l’héroïne comprend qu'elle est différente. Elle hésite entre rester avec sa famille (Altruistes) et être elle-même, mais elle ne peut choisir les deux. Par elle-même on constate qu’elle est divergente: elle présente les 5 factions, elle est à la fois Altruiste, Sincère, Audacieuse, Fraternelle, et Érudite. À notre surprise, elle choisit la faction Audacieuse.

Au fil de la lecture on constate que par le fait qu’elle est Divergente, elle représente une menace assez importante pour les Érudits qui veulent contrôler les autres factions. Ils fournissent à la société les chercheurs et les enseignants de haut niveau. Ils accusent l'ignorance et les émotions d'être les raisons des erreurs humaines.

Jusque-là je lisais le livre en tant que quiconque. Cependant, à partir du moment où les Érudits ont commencé à injecter des neurotransmetteurs aux Audacieux afin de les contrôler et de les faire agir selon leurs idées et croyance… Je me suis trouvé face à mon identité en tant que neuroscientifique. Je me suis demandée la question: Est-ce que cela est possible en dehors du livre??? La neuroscience cherche encore la réponse à cette question, une réponse qui ne tardera pas à venir dans un futur très proche.

Si on prend l’exemple de la dopamine qui est impliqués, parmi d’autres rôles, dans les mécanismes de récompenses, dépendance à des drogues, alcool, ou dépendance comportementale envers des habitudes. Ce qui est assez intéressant est que ce même neurotransmetteur peut également influencer nos processus de décision: soumis ou pas soumis. Soumis aux «Érudits» qui décident de nos pensées et comportements ou pas soumis et ayant le choix de s’auto-améliorer. Qui ne voudrait pas être capable d’auto-régulariser ses propres neurotransmetteurs et optimiser ses variables neurobiologiques?

Un des domaines de la neuroscience, ce sont les sciences cognitives qui se fondent sur la découverte de la boite noire qui renferme nos capacités ainsi que nos faiblesses humaines. Quand les sciences cognitives s’appliquent à des biotechnologies et nanotechnologies, le transhumanisme peut naître. Un transhumanisme qui cherche à agir sur la boite noire, la contrôler, l’améliorer, construire une intelligence ou même une affectivité artificielles à partir d’ordinateurs.

En effet, les recherches neuroscientifiques suscitent beaucoup de questions éthiques : espoirs de guérison? Craintes de manipulations? Ces innovations seront-elles accessibles à tous? Est-ce que les résultats des recherches neuroscientifique risquent de modifier l’humain? Risque-t-on des atteintes à l’autonomie de la volonté, à l’intimité et à la vie privée? Afin de limiter les fantasmes des résultats des recherches neuroscientifiques, nous avons besoin d’un débat Science-Société. Les chercheurs en neuroscience peuvent avoir ce rôle crucial de bien informer le public afin d’encadrer le progrès neuroscientifique qui s’approche de plus en plus (livres, films, débats non scientifiques, etc…) du champ social.