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Le détergent veut-il (vraiment) la peau de vos enfants?

Bruno Geoffroy, le 27 novembre 2014, 10h12

Les «pods» pour la lessive, vous connaissez? Mais si, ce sont ces capsules de détergents colorées à souhait que l’on envoie d’un geste nonchalant dans le tambour de la laveuse. Pratiques, mais dangereux pour les enfants, selon une étude américaine parue dans Pediatrics. De quoi emballer des médias peu enclins à relativiser.

Credit: Rakka (Flickr CC)
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Credit: Rakka (Flickr CC)

Entre la mise sur le marché de ces capsules en 2012 et la fin de l’année 2013, les auteurs de l’étude estiment à 17 230 le nombre d’appels concernant des enfants aux centres antipoison des États-Unis. Des appels pour des petits de moins de six ans qui avaient ingéré, inhalé ou mis dans leurs yeux de la lessive liquide concentrée. Au total, 769 enfants ont été hospitalisés et deux sont décédés.

Bien des médias ont repris une statistique de l’étude pour illustrer l’ampleur du phénomène: le contenu de ces capsules intoxique en moyenne un enfant américain par heure. Hors contexte, il y a de quoi prendre peur. Reste à respirer profondément, à se calmer et à examiner les données sur les accidents domestiques mises à disposition par le Center for disease controls and prevention (CDC).

Selon le CDC, les centres antipoison américains ont reçu en 2011 plus de 1,1 million d’appels pour des empoisonnements de jeunes âgés de moins de six ans (médicaments, produits ménagers, drogues…). Plus de la moitié de ces appels concernaient des médicaments. Même si on ne compare pas les mêmes années, 550 000 appels contre 17 230: on est loin du drame national.

Et, côté mortalité, le récent document Vital Signs: Child injury, publié en avril 2012 par le CDC, a de quoi rassurer (si j’ose dire) les parents angoissés. L’organisme répertoriait 9143 morts d’enfants liés à des accidents domestiques dont 4564 dans des accidents de voiture, 1160 par étouffement, 983 par noyade ou encore 824 par empoisonnement. Des nombres qui tranchent par rapport aux deux morts par pods interposés en deux ans. Ouf, on peut souffler.

Du bon sens, enfin!

Cela n’a pas empêché le Globe and Mail de titrer savamment «Laundry-detergent pods a health hazard to young children, study says» ou Radio-Canada d’écrire avec subtilité «Les capsules de détergent à lessive disponibles sur le marché depuis quelques années semblent présenter une menace grave pour les enfants.» Un risque pour la santé, une menace grave. À peser les chiffres, c’est au mieux… une bonne blague! Au pire, c’est... (je vous laisse compléter sinon je vais être désagréable.)

Dans ma jeunesse, on s’inquiétait des dangers de l’eau de Javel utilisée pour nettoyer sols et sanitaires ou des sacs d‘épicerie en plastique. Brûlures ou étouffement garanti, nous disait-on. Une chance, les parents des années 1970 prenaient par précaution le soin de placer hors de portée des enfants ces dangers domestiques.

En 2014, les parents n’ont pas moins de bon sens. Les accidents arrivent, voilà. Pourtant, les auteurs de l’étude, eux, en appellent à un meilleur emballage et étiquetage du produit, à de meilleures normes de sécurité et à une plus large éducation du public (sic). Angélisme ou relent d’un paternalisme qui a tendance à scléroser la société.

Depuis 2012, les grands joueurs de l’industrie comme Procter & Gamble ont, sous la pression populaire, rendu plus sécuritaires leurs emballages ou opacifié les capsules jadis colorées pour que les enfants ne les prennent pas pour des bonbons.

Un pas en avant salutaire, mais qui ne remplace pas la vigilance parentale. Les détergents sont des produits chimiques et doivent être entreposés comme tels. Loin des enfants, dans le haut d’une armoire ou sous clef. Rien de bien compliqué.