Malgré les avantages importants des vaccins et leur grande disponibilité, ce n’est pas tout le monde qui décide systématiquement de se faire vacciner. Et les réticences vont bien au-delà de la peur des aiguilles.

Ève Dubé, anthropologue et spécialiste de la vaccination à l’Institut national de santé publique du Québec, s’intéresse justement au phénomène d’hésitation à la vaccination.

La scientifique est d’ailleurs venue présenter quelques résultats de ses travaux de recherche lors d’une conférence grand public à l’Institut Armand-Frappier, en octobre 2015.

De l’acceptation au refus

La grande majorité de la population au Canada accepte de se faire vacciner et de faire vacciner ses enfants. Entre 15 et 20 % de la population vont retarder l’administration ou vont choisir les vaccins à administrer à leurs enfants.

Seulement 2 à 3 % des parents canadiens refusent tous les vaccins. Il faut également préciser que ces mêmes personnes refusent aussi les antibiotiques et d’autres formes de traitement.

« La vaccination est pourtant l’une des mesures de santé publique les plus efficaces. On observe clairement des chutes drastiques de taux de maladie après vaccination au sein de la population. Il fut un temps où les vaccins étaient bien acceptés, voire demandés.

Aujourd’hui, on observe de plus en plus de cas de réticence », explique Ève Dubé. Pourquoi ? Selon un sondage Angus Reid, 30 % des gens interrogés considèrent que la science derrière la vaccination n’est pas claire, rapporte la chercheuse.

Information et désinformation

Internet est une excellente tribune pour les groupes anti-vaccin, laisse entendre Ève Dubé. Et certains mythes concernant la vaccination sont coriaces.

« Dans les années 1980, un médecin avait fait un lien entre la vaccination et l’autisme dans un article publié dans la prestigieuse revue The Lancet. Les médias ont rapporté les résultats de l’étude. Plus tard, on a prouvé que ce chercheur était payé par des avocats qui représentaient les familles d’enfants autistes qui poursuivaient la compagnie pharmaceutique qui fabriquait le vaccin.

L’étude a été retirée du magazine et le chercheur a perdu son permis de médecine. Malgré tout, encore aujourd’hui, une personne sur quatre croit que la vaccination peut causer l’autisme, alors que ce n’est pas le cas », raconte Ève Dubé.

« Les intervenants en santé publique pensent que si l’on informe bien les gens, ça va aller. Mais, à l’ère d’Internet, ce n’est pas aussi simple. Il faut prendre en considération les facteurs sociaux et culturels », est d’avis l’anthropologue.

Marie-Eve Cloutier — Agence Science-Presse