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Sauter en bas du nid

Jean-Daniel Doucet, le 5 janvier 2016, 14h52

La dernière fois qu’on s’est parlé, je fuyais le nid familial et le secondaire vers le Cégep. Parce que soyons francs, n’importe quoi vaut mieux que le secondaire. Bon, y’a peut-être bien 2 ou 3 trucs pires : le foie de veau et les Canadiens qui font pas les séries, genre.

Les années Cégep - Crédits : Jean-Yves Doucet
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Les années Cégep - Crédits : Jean-Yves Doucet Les années Cégep - Crédits : Jean-Yves Doucet

Sérieusement, les choses se sont placées pour moi en appartement au Cégep à Trois-Rivières. Liberté ! Pas de parents. Pas de couvre-feu. Tu vois le portrait. On débarquait chez les amis un peu n’importe quand. Pas besoin de les appeler - oui, on appelait encore dans ce temps-là ! La moitié habitait avec moi et les autres étaient à 226 pas. On l’avait mesuré rigoureusement. On avait le temps.

Bon, ça a l’air beau comme ça la vie d’appart, mais j’ai eu beaucoup d’apprentissages à faire. Comme on avait peu d’argent, nous étions quatre pour cinq pièces, dont un salon et une cuisine. Si tu fais le compte, ça fait 4 pour partager 3 chambres. On était deux dans la mienne. Comme les réseaux 3G et LTE n’existaient pas, on partageait aussi les internets. Avec un fil. Un seul, dans la chambre du seul coloc avec un ordinateur. Prends une pause pour googler le mot « promiscuité ». Notre appart, c’en était la définition.

Avant le cégep, je n’ai pas souvenir d’avoir cuisiné un repas chez mes parents. Mais j’ai beaucoup de souvenirs de mes recettes du cégep variant de Minute Rice trop cuit à spaghetti micro-ondes collant. À ma défense, mes amis n’étaient pas vraiment mieux. Un d’eux avait fait cuire sa pizza au four des deux côtés. À l’endroit ET à l’envers, pour être bien sûr que "ça cuise égal". Ça te donne une idée de nos talents.

Bon, je donne l’impression que j’étais complètement désorganisé, mais je savais garder du temps pour les choses sérieuses : le hockey et la balle rapide. Et l’école aussi. Pas le choix d’être un minimum appliqué pour réussir en Sciences de la nature. C’était d’ailleurs moins difficile de l’être avec les cours qui m’intéressaient, enfin. Ceux de sciences, mais les autres aussi, comme la création vidéo. Grâce à des extraits d’Arthur l’aventurier et de Rambo soutenus par d’habiles mouvements de caméra sur des roller blades, on avait gagné le prix du « meilleur scénario original ». Mettons que le mot « original » est bien choisi ici.

J’arrivais à bien conjuguer les amis avec de bonnes notes à l’école. Ma mère, malgré son cancer des ovaires, ne s’en sortait pas trop mal non plus avec ses « examens ». Son cancer était plus ou moins stable. Curieux de comprendre comment ses traitements fonctionnaient, j’ai commencé à m’intéresser aux carrières en recherche biomédicale. Un peu naïvement, m’imaginant sûrement pouvoir l’aider.

Pour être sûr que c’était un bon domaine professionnel pour moi, j’ai rencontré des chercheurs de l’Institut de cardiologie de Montréal, puis de l’Université Laval. D’ailleurs, je te recommande vivement de rencontrer des gens qui pratiquent un métier qui t’intéresse. C’est fou comment les gens qui aiment leur job peuvent transmettre leur passion ! En tout cas, c’est l’effet que ça a eu sur moi.

À la fin de mon cégep, j’ai décidé de devenir chercheur en sciences biomédicales. Mais j’ai hésité pas mal à savoir quel programme entreprendre pour faire ce métier. J’étais accepté en biochimie ET en médecine à l’Université Laval. Vous me direz alors comme plusieurs à l’époque : « Yé ou le problème? » Mais c’est pas juste parce que t’as les notes pour aller en médecine, ou que c’est payant, que tu dois y aller. Moi, je voulais comprendre les mécanismes du cancer et en trouver les failles pour mieux l’attaquer. C’est les molécules qui m’avaient attiré en science, pas les patients. J’ai dit non à la médecine. Aussi surprenant que ça puisse paraître, je n’ai jamais vraiment regretté mon choix.

Avant d’être un « vrai scientifique », j’ai par contre exploré d’autres avenues. Pendant mon cégep, j’ai travaillé deux étés en usine pour payer ma formation. OK, y’a pas de sot métier et j’admire sincèrement les travailleurs d’usine! Mais disons que c’est pas fait pour des gens comme moi pour qui poser un cadre est un défi.

N’empêche, cet automne-là, à ma première session en biochimie à l’Université Laval, je n’ai jamais été aussi motivé à étudier.

À la prochaine !
JD