Le meilleur laboratoire de recherche et développement fonctionne sans budget et dispose d’un espace illimité depuis trois milliards d’années. C’est la nature. Les humains l’ont compris depuis longtemps quand ils ont imité les poissons pour nager ou les oiseaux pour voler. Aujourd’hui, cette inspiration est plus que jamais pertinente quand on veut trouver les meilleurs modèles technologiques pour raffiner nos inventions. « La nature a relevé tous les défis que rencontrent aujourd’hui les humains », écrivent les auteures de L’art d’imiter la nature , qui vient de paraître chez MultiMondes. « Elle sait utiliser la lumière, l’électricité et traiter l’information. Elle a inventé le ciment, le verre, le papier, la colle sous l’eau, les surfaces autonettoyantes, les écrans solaires, les seringues hypodermiques et toutes sortes de technotrucs qui nous sont fort utiles », peut-on lire sous la plume d’Andrée Mathieu et Moana Lebel, deux scientifiques qui se sont donné pour mission de faire connaitre le biomimétisme.

Le papier, fabriqué depuis la nuit des temps par les guêpes; les chenilles, qui sont à l’origine de la traction de nos tracteurs; le velcro, inspiré d’une plante qui produit des fruits dotés de minuscules crochets, sont de beaux exemples de biomimétisme.

C’est à l’écrivaine américaine Janine Benyus que nous devons ce concept à la suite de la publication de son livre Biomimicry : Innovation Inspired by Nature, paru en 1997. Moana Lebel, biologiste de formation, a rencontré la pionnière et fondé l’Institut francophone de biomimétisme. Son constat est simple : quand on regarde les résultats des processus d’adaptation des organismes vivants, après des millions d’années d’évolution, on ne peut qu’être inspiré pour trouver des réponses adaptées aux besoins d’aujourd’hui.

Le livre de Mathieu et Lebel regorge d’exemples, certains vieux comme le monde, et d’autres plus récents ou inédits. Par exemple, on sait que les ballasts des sous-marins sont des copies des vessies natatoires des poissons, qui se remplissent d’eau pour plonger et d’air pour remonter. Mais l’ingénieur anglais Graham Clarke s’est inspiré des oiseaux marins pour inverser le processus. Ce sont ses moteurs et ses gouvernails qui permettent au submersible de plonger vers les profondeurs. Sans propulsion, il remonte naturellement à la surface, un peu comme les guillemots du Biodôme.

On a tous entendu parler des merveilles d’ingénierie que sont les termitières. Or, l’architecte Mick Pearce a repris le design naturel de ces structures pour ventiler naturellement un édifice commercial du Zimbabwe. Résultat spectaculaire : on a noté une réduction de 90 % de la consommation d’énergie liée à la climatisation pour un bâtiment de taille comparable.

Les idées novatrices sont autour de nous. Pourquoi ne pas regarder la configuration des ailes de libellules si on veut obtenir des éoliennes vraiment efficaces? Une microturbine inspirée du design des ailes de libellules fait merveille en Italie.

Il y a une valeur très actuelle à cette inspiration, car la nature recycle tout et utilise des moyens à sa portée. Elle «n’utilise pas nos méthodes rudimentaires qui consistent à faire fondre les matériaux à très haute température et à les remodeler. Elle travaille plutôt à l’échelle moléculaire, décomposant continuellement la matière en la réorganisant ».

À lire.

Mathieu-Robert Sauvé