Depuis quelques semaines, les médias sociaux sont envahis par des articles parlant d’un lien entre la poudre pour bébé et le cancer. Ce petit vent de panique nous provient des États-Unis.

En effet, au Missouri, un jury a condamné la compagnie Johnson & Johnson à verser 72 millions de dollars à la famille d’une femme décédée d’un cancer des ovaires. On reprochait à la compagnie de ne pas avoir averti clairement ses utilisatrices que des études avaient mis en évidence un lien entre un des ingrédients, le talc, et le cancer des ovaires. Le talc est une substance minérale composée de magnésium, de silice et d’oxygène qui a la propriété d’absorber l’humidité.

La première étude supposant un lien entre le talc et le cancer des ovaires a été publiée en 1982. Une étude réalisée en 2015 auprès de 2 000 femmes a d’ailleurs obtenu des résultats similaires et a conclu que l’utilisation de talc dans la région génitale chez des femmes adultes augmentait par environ 30 % le risque de développer un cancer des ovaires. La méthodologie de l’étude a toutefois été critiquée par certains scientifiques.

De son côté, Johnson & Johnson persiste à dire que le talc est un ingrédient tout à fait sécuritaire. Selon la compagnie, la preuve en est qu’il est utilisé depuis une centaine d’années. Il faut d’ailleurs mentionner que d’autres études réalisées sur le sujet n’ont trouvé aucun lien entre l’utilisation du talc et le cancer.

Par ailleurs, aucune étude à ce jour n’a pu prouver que le talc causait directement le cancer chez certaines personnes. Les scientifiques ont également de la difficulté à proposer un mécanisme par lequel le talc pourrait remonter de la région génitale vers les ovaires.

En bref, le sujet reste hautement controversé. Cela se reflète d’ailleurs dans la position des différents organismes de santé publique. L’Organisation mondiale de la santé par exemple inclut le talc dans sa liste de substances possiblement cancérigènes, mais ce n’est pas le cas des CDC américains. Pourtant, la Société américaine du cancer recommande aux femmes d’utiliser de la fécule de maïs plutôt que du talc.

Qu’est-ce que cela signifie pour les parents ? En fait, c’est probablement l’aspect le plus bizarre de cette histoire. Cette controverse ne concerne pas vraiment les parents. D’une part, les études dont il est question ont été réalisées pour la plupart chez des femmes ménopausées et jamais sur des bébés. Il n’est donc pas possible de savoir si ces préoccupations s’appliquent aux jeunes enfants. En effet, on peut supposer que ces femmes utilisaient la poudre depuis plus longtemps et d’une façon différente que lors d’un changement de couche !

D’autre part, et c’est probablement l’élément à retenir, le talc n’est plus recommandé depuis plusieurs années chez les bébés et ce n’est vraiment pas en raison d’un risque de cancer. En fait, c’est plutôt parce qu’il s’agit d’un produit très volatil. En effet, lorsqu’on l’utilise, il se forme rapidement un nuage dans l’air et un bébé pourrait ainsi respirer le produit. Le talc pourrait alors causer des problèmes aux poumons fragiles du nourrisson. La Société canadienne de pédiatrie recommande donc de l’éviter et d’utiliser plutôt une crème à base d’oxyde de zinc ou de gelée de pétrole, la bonne vieille vaseline.

- Ce billet a d'abord été publié sur le site Maman Éprouvette.