C’est tout d’abord les petits canards qui ont séduit ma fille. « J’ai aimé les canards. C’est une bonne idée - un élément de tous les jours, drôle et sympathique, dans une exposition sur les nanos », relève la demoiselle en visite à « Nanotechnologies : l’invisible révolution », l’exposition sur les nanotechnologies au Musée de la Civilisation de Québec.

Après quelques pas dans la première salle à essayer de comprendre les grands écarts de dimensions entre notre monde et celui infiniment petit de la matière, nous voilà donc devant une vitrine d’inoffensifs petits canards aux noms de héros de science-fiction.

Après avoir choisi l’un d’eux, il faut enregistrer sa position – favorable ou non au développement des nanotechnologies - en posant le petit canard sur la borne « oui » ou celle du « non ».

L’exposition offre ainsi deux parcours « pour » ou « contre » - non, la neutralité n’est pas de mise !

Notre nouvel animal de compagnie enregistrera nos réticences ou nos élans face à cette technologie qui se développe sans grand bruit au sein de laboratoires de la province et reste une source de préoccupations (environnement, éthique, législation) chez de nombreux citoyens.

Pour ou contre les nanos ?

Ma fille qui aime le monde de l’infiniment petit a enregistré son canard dans la section « oui » et nous avons cheminé par la droite dans l’exposition. Évolution des puces électroniques, produits courants qui en comportent (cosmétiques, etc.), etc., la première section présente les nanos de manière assez standard.

Tandis que le second parcours, que nous découvrons à rebours à la fin de notre visite, se penche sur les peurs et l’anticipation des artistes (livres, vidéo, etc.) que créent ce micro-monde. Des parcours jalonnés par des bornes de questions : « Est-ce que les citoyen doivent se mobiliser pour un développement sécuritaire des nanotechnologies ? », « Malgré les risques de toxicité, faut-il continuer l’utilisation des nanotechnologies dans les produits courants ? », etc.

Quatre choix de réponses (oui, oui mais…, non mais… et non) nous sont offerts et lorsque l’on pose le canard sur la réponse choisie, sa puce enregistre la réponse. Pas si simple à trancher, il faut même parfois expliquer aux plus jeunes certaines interrogations.

Plutôt en faveur du développement de cette technologie – « J’aime les nanos ! » – mademoiselle fera preuve de beaucoup de modération dans ses réponses – le développement oui, mais pas n’importe comment !

De beauté et de science

Le mur du fond porte sur la présence dans la nature des nanotechnologies : iridescence des ailes des papillons, poils microscopiques des pattes des geckos, microparticules de métaux dans les vitraux du 13ème siècle. Il fait face à un alignement de microscopes de différentes époques, surplombant des images de leur grossissement. Ils sont encadrés par des panneaux géants d’images d’un monde invisible à l’œil nu.

« J’aime voir ces mini-choses. Notre monde est grand et là, le nano-monde est encore plus grand. Les minuscules sont devenus des géants », explique ma fille en multipliant les photographies de barbules de plumes de canard et de micro-crevasses de corail.

C’est là aussi que l’on apprend que près de 400 scientifiques des universités et des cégeps œuvrent dans le domaine, tout comme 200 à 300 entreprises – certaines regroupées sous le nom de PRIMA Québec. Plus de 200 000 études sur les nanotechnologies seraient publiées chaque année dans le monde.

De l’utilisation des nanotechnologies pour la restauration d’une sculpture de monument funéraire au développement d’un revêtement super-hydrophobe fait de nanotiges, les applications s’avèrent prometteuses. Tout comme certains progrès dans le domaine de la santé – plus proche de l’anticipation en la matière – comme par exemple les travaux de recherche de Normand Voyer, de l’Université Laval, qui visent à mettre au point un médicament élaboré de nanotubes afin de percer les cellules cancéreuses – une technologie inspirée des molécules secrétées par la bactérie Staphylococcus Aureus.

Choix éphémères

Depuis un mois que dure l’exposition, près de 10 000 visiteurs ont arpenté les salles (entre 600 et 700 par jour). C’était pourtant bien calme lors de notre visite (moins de 15 personnes en une heure). Seul regret : la compilation des données d’opinion s’efface chaque semaine. Cela aurait été intéressant de pouvoir avoir accès à ces données plus largement que le temps de l'exposition. Lors de notre visite, le système ne fonctionnait pas et nous n’avons pas pu évaluer notre position par rapport aux autres visiteurs de la même journée ou des jours précédents.

Par contre, notre canard nous a dit que notre résultat était assez neutre – trop de « oui mais » et de « non mais ». Ce qui n’a pas entamé la bonne humeur de la demoiselle qui recommande tout de même la visite de l’exposition : « Pas trop long, pas lassant et les explications sont simples » !