Le plaisir serait le moteur de l’anorexie. C’est en effet ce que révèle une étude publiée le 7 juin dans Translational Psychiatry par des chercheurs de l’Inserm, de l’université Paris Descartes, et du Centre Hospitalier Sainte-Anne (à Paris). Plus que la peur de prendre du poids, les chercheurs suggèrent que l’anorexie mentale serait motivée par le plaisir d’en perdre et que cela serait influencé génétiquement. Soit, me direz-vous, et alors ? Qu’est-ce que cela peut changer dans la prise en charge de cette pathologie ? Est-ce que ce ne serait pas finalement une question de point de vue ? Peur de prendre du poids, plaisir d’en perdre … ne serait-ce pas un peu comme voir le verre à moitié vide ou à moitié plein ?

Détrompez-vous ! Ces résultats peuvent changer beaucoup de choses, car ils remettent en question la notion même de peur de la prise de poids chez les patients anorexiques. De la même manière que l’on n’est pas tout à fait le même si l’on voit le verre à moitié vide (pessimiste) ou à moitié plein (optimiste), on n’est pas tout à fait le même si l’on ressent le plaisir de maigrir ou bien la peur de grossir. Explications.

Ce trouble alimentaire, majoritairement présent chez les filles, se diagnostique à partir de trois critères : la présence de restrictions alimentaires menant à la perte de poids (non, non, pas juste le régime d’avant bikini pour l’été !), une perception déformée du poids et du corps, et une peur intense de grossir. La grosse phobie quoi ! À tel point que la simple vision du pot de Nutella peut être source d’angoisse (si, si, je vous l’assure, pas comme vous et moi qui plongeons cuillère en avant dans le pot à peine ouvert !). Or, avec cette étude, les chercheurs nous apprennent que l’on passe du registre de la phobie, au registre de l’addiction. Deux registres différents, deux circuits cérébraux différents, donc à terme, des thérapies différentes !

Ce sont les difficultés à trouver des thérapies efficaces et l’absence de progrès dans la prise en charge de ce trouble qui sont à l’origine de cette étude. Le Pr Philippe Gorwood, qui l’a pilotée, le rappelle : « lorsque la recherche piétine, il est important de remettre en question les critères qui sont la base même du trouble ». L’équipe a donc changé la donne en partant du postulat que les patientes anorexiques ressentaient du plaisir à maigrir et non une peur de grossir, comme elles l’affirment pourtant elles-mêmes. Et non, les anorexiques ne fabulent pas. Elles seraient en fait victimes « d’un reflet en miroir de ce qui est réellement impliqué, c’est-à-dire un effet de récompense de la perte de poids » comme le précise le chercheur.

Grâce à cette découverte, de nouvelles pistes thérapeutiques peuvent être envisagées en se basant sur les circuits de récompense, plutôt que sur ceux de la phobie. La remédiation cognitive et la thérapie en pleine conscience pourraient faire partie de ces nouvelles approches. Ces pistes prometteuses pourraient changer la vie de nombreuses jeunes filles et de leur famille. Pendant que nous, équipés de notre cuillère, nous continuerons à voir le pot de Nutella toujours à moitié plein !