Une équipe de chercheurs s’est intéressée à l’importante question de l’intégration sociale des aînés. Selon les conclusions de leur étude, les besoins des aînés liés à leur vie sociale ne sont pas entièrement satisfaits. Et ce, même lorsqu’ils reçoivent des services d’aide à domicile d’un Centre intégré de santé et de services sociaux.

Besoins complexes, réponse partielle

En vieillissant, près de la moitié des aînés risquent de développer une ou plusieurs incapacités, que ce soit des problèmes de mobilité ou des pertes de mémoire. Réaliser les activités qui sont importantes pour eux, tout en demeurant à leur domicile, peut alors être un défi. Selon l’étude, publiée dans la revue BMC Geriatrics , les services à domicile offerts aux aînés en perte d’autonomie se concentrent autour des besoins de base, tels que se laver et manger, au détriment des activités sociales.

Grâce à des entrevues approfondies, cette étude qualitative a pris en compte le point de vue des aînés eux-mêmes, de leurs proches aidants et d’intervenants au soutien à domicile. Selon ces participants, les activités sociales, au même titre que les activités de base, deviennent plus difficiles à réaliser lors d’une perte d’autonomie. Des services qui ciblent la vie sociale des aînés sont donc également nécessaires.

« Plusieurs ressources travaillent ensemble pour répondre aux besoins des aînés en perte d’autonomie. Ces ressources incluent les services de soutien à domicile, mais aussi les proches aidants, les organismes communautaires, les entreprises d’économie sociale et les entreprises privées. Pour coordonner leurs actions, l’évaluation des besoins des aînés doit tenir compte tant des besoins de base que des activités sociales », rapportent les auteurs de l’étude.

Pour la plupart des aînés interrogés dans l’étude, les besoins les moins comblés concernent les loisirs, l’implication dans la vie communautaire et les relations avec leur entourage. D’autres difficultés non traitées incluent la possibilité de maintenir sa forme physique et mentale, ou de se déplacer dans la communauté. Faute d’adaptation, un homme âgé de 87 ans, bénéficiant de services depuis trois ans, a dû faire le deuil de ses activités sportives : « Je me sens prisonnier. Avant, on allait nager, mais maintenant, on ne peut plus rien faire ».

Faire mieux pour intégrer nos aînés

Selon les auteurs de l’article, les besoins des aînés liés à leur vie sociale ne sont pas totalement évalués. Cette évaluation partielle s’explique notamment par la difficulté des aînés à reconnaître eux-mêmes leurs besoins et à accepter leur perte d’autonomie. De plus, les outils d’évaluation utilisés par les intervenants ne tiennent pas suffisamment compte des activités sociales.

Un important changement de paradigme doit alors s’opérer dans la façon de prodiguer les services à domicile aux aînés. Ce changement doit ainsi permettre aux intervenants de cibler davantage une approche préventive plutôt que strictement curative. Les auteurs concluent que « les services ne ciblent pas les activités qu’on associe à la santé et au bien-être. Ce constat est préoccupant puisqu’on connaît les bienfaits des activités sociales pour la santé et la prévention des maladies chroniques ».

Il existe de nombreux bienfaits à l’intégration sociale des aînés, notamment de réduire ou retarder la mortalité ou la perte d’autonomie, et de diminuer la consommation de médicaments, l’utilisation des services de santé et les symptômes dépressifs. Différentes solutions sont proposées pour favoriser l’intégration sociale des aînés. Par exemple, un intervenant de l’étude proposait d’offrir plus d’activités dans les résidences pour aînés : « quelque chose de réaliste, qui pourrait les intéresser, améliorer leur bien-être et les faire sortir de leur appartement ». Parlant de celle qu’il aide au quotidien, un proche aidant suggérait que sa mère irait sûrement mieux en étant en contact avec plus de gens : « plus de contacts, quelque chose qui lui donne une raison de vivre plutôt que de souffrir du vieillissement et de l’ennui ».

D’autres pistes de solutions

En partenariat avec la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, l’équipe de la professeure Mélanie Levasseur travaille à développer des interventions qui encouragent l’intégration sociale des aînés. Financée par les Instituts de recherche en santé du Canada, son équipe consacrera les cinq prochaines années à implanter et évaluer une série d’interventions visant spécifiquement à stimuler la vie sociale des aînés.

L’une de ces interventions permet à des bénévoles d’être formés pour assister un aîné en perte d’autonomie durant ses activités dans la communauté. L’accompagnement personnalisé d’intégration communautaire (APIC) pourra bientôt être déployé dans la communauté. Une seconde intervention, le Lifestyle Redesign, vise à promouvoir l’engagement des aînés dans des activités sociales saines et signifiantes. Offerte par des ergothérapeutes dans la communauté, cette intervention de groupe fait aussi l’objet d’une adaptation au Québec.

En plus de l’APIC et du Lifestyle Redesign, la série d’interventions proposée par la professeure Levasseur explorera les liens entre la santé des aînés et les composantes des municipalités canadiennes qui soutiennent leur intégration sociale. Ces composantes sont associées au programme « Municipalités amies des aînés (MADA) » qui valorise la place des aînés dans leur communauté, quelles que soient leurs capacités. Promues par l’Organisation mondiale de la santé et le Secrétariat aux aînés du gouvernement du Québec, les MADA permettent, entre autres, de rendre accessibles les milieux où sont offertes les activités pour aînés.

Au Canada, les changements démographiques poussent les décideurs politiques à en faire plus pour aider les aînés à contribuer pleinement à la société. Alors que, pour la première fois, les Canadiens âgés de plus de 65 ans sont plus nombreux que ceux de moins de 15 ans, de telles initiatives s’avèrent indispensables. Cette étude nous rappelle une fois de plus l’importance de tendre la main à nos aînés.