Musique et science font bon ménage. Il leur manquait un élément, le divertissement comme liant pour faire monter une sauce qui plaît déjà beaucoup. Le récent spectacle donné à la Maison symphonique de Montréal, « Les Planètes : Génial! », mariait la célèbre pièce « Les Planètes » de Gustav Holst et l’émission très populaire de Télé-Québec : « Génial! » Une noce réjouissante pour les yeux et les oreilles!

Autant l'avouer : mon adolescente ne s’est pas fait prier pour venir. Ma fille avait déjà eu la chance d’assister à l’enregistrement, en studio, de l'émission « Génial! ». Elle connaissait le concept et les animateurs. Maïa avait bien hâte de voir ce que cela pourrait donner dans une salle de concert. Et moi aussi!

Surtout que c’était la première fois que je l’amenais assister à un spectacle à la nouvelle salle de la Maison symphonique de Montréal. Ma jeune tromboniste ouvrait donc grandes ses oreilles, un peu jalouse de cet écrin à musique hors pair que son école ne possède pas encore – l’École secondaire Joseph-François Perreault de Montréal a d’ailleurs amorcé une campagne de financement et une pétition pour soutenir ce projet.

En prémisse du spectacle, nous avons tout d'abord assisté à une prestation d’un ensemble de ukulélés sous la gouverne du professeur Kevin O’Neil de la Coopérative des professeurs de musique de Montréal. Cinq jeunes enfants ont interprété avec un bel enthousiasme et de petites voix flûtées quatre pièces populaires accompagnées de leur ukulélé suscitant de nombreux sourires et applaudissements mérités.

Cet amuse-gueule musical à peine terminé, ma musicienne avait hâte que l’on passe aux choses sérieuses et m’a dirigé d’une main de maître dans le dédale des coulisses vers nos places.

En suspension dans l’espace

Dans ce lieu unique et chaleureux qu’est la nouvelle salle de la Maison symphonique de Montréal, l’acoustique exceptionnelle ravit déjà la mélomane que je suis et ma petite musicienne, qui compare l’espace alloué à l’orchestre avec ceux où elle a déjà eu la chance de jouer et ceux où elle a entendu des concerts. Elle est séduite et un peu jalouse.

L’Orchestre Métropolitain se rassemble et déjà, c’est la chasse aux vents qui commence. Particulièrement celle des cuivres que ma fille tente de repérer tout en lisant les noms des musiciens. Nous les aurons à l’œil dans toute la première partie même si ma fille trouve les musiciens « plutôt vieux ». 

C’est Martin Carli, l’animateur et tête scientifique de « Génial! », qui sera le maître de cérémonie. Il nous présente « Les Planètes » de Gustav Holst, nous rappelant que si l’on se replace à l’époque de sa création, à l’automne 1918, le système solaire connu était plus restreint. De plus, les sept planètes présentées, en autant de mouvements musicaux, s’inspirent plus de l’astrologie que de la science… avec le guerrier Mars, la pacifique Vénus, le messager Mercure, le gai Jupiter, le vieux Saturne et le magicien Uranus!

Des planètes pleines de couleurs, images et mélodies sont venues les unes après les autres nous faire rêver de danses et de sonorités lointaines. Nous plongeons avec beaucoup de plaisir dans un ballet rythmé et mené avec beaucoup de brio par le jeune chef d’orchestre mais plus encore, par les musiciens aguerris de l’Orchestre métropolitain. Nous tenons plus particulièrement à l’œil les trois trombonistes alors que l‘un d’entre eux jongle – pour notre grand bonheur et surprise – avec deux instruments.

Tout le long des sept pièces, la projection d’images et de vidéos de planètes tirées du site de la Nasa viendront divertir – voire distraire un peu – les mélomanes. Pourtant l’ensemble, renforcé encore avec les jeux de lumières, donnent des couleurs distinctives aux planètes et enchantent ceux que fascinent à la fois l’astronomie et le brio des musiciens de l’orchestre. 

Petit rappel de Martin Carli : le lieu où nous sommes, la salle de concert de la Maison symphonique est réellement suspendue dans les airs grâce aux piliers qui la soutiennent. Ces amortisseurs absorbent ainsi les sons de la rue et la technologie « shoebox » (boîte à chaussure), avec ses surfaces en bois de hêtre, lui garantissant aussi une acoustique supérieure. 

« Public, bonne réflexion! »

Car le véritable chef d’orchestre de la soirée est Martin Carli. Nous découvrons, dans le livret, que l’animateur de Génial! en plus d’être un excellent vulgarisateur et un scientifique (biochimiste) serait aussi un magicien professionnel et conférencier d’expérience.

À l’aise sur la scène, il va nous parler de la gravité, de collisions cosmiques et même de cadence des métronomes au gré de courtes présentations. Ce sera le temps des questions au public et de la réflexion autour d’intrigantes énigmes de science : « Public, bonne réflexion! »

La démonstration visuelle fera valser des billes ou encore s’accorder des métronomes sur une plaque de verre pour la grande surprise d’un public conquis. Les lumières de la salle allumées, il sera difficile de dissimuler nos erreurs de jugement mais, pour le grand plaisir des petits et des grands, nous aurons l’impression d’être non seulement un public choyé mais aussi d’avoir rendez-vous avec l’astronomie, la musique et l’intelligence. Pour cela, Mr Carli, un grand merci!