Ce n’est pas chose aisée que d’identifier nos souvenirs « authentiques » avec les empreintes laissées par les récits des autres sur notre mémoire. On retrouve un bel exemple avec Star Wars V : L’Empire contre-attaque, lors de la célèbre confrontation entre Luke Skywalker et son père. La phrase prononcée par Darth Vader résonne encore dans nos têtes : «Luke, je suis ton père.» Mais si ce souvenir est si bien ancré, la phrase prononcée est en réalité tout autre puisque Darth Vader dit : «Non, je suis ton père.»

C’est en 1925, avec l’œuvre Les cadres sociaux de la mémoire, que le sociologue Maurice Halbwachs produit les premiers travaux sur la mémoire collective. Ces recherches démontrent l’influence que peut avoir un groupe d’appartenance sur la mémoire d’une personne. Il explique également que de « faux souvenirs » peuvent être insérés dans la mémoire de chacun. Le groupe améliore les facultés de mémorisation d’un individu et il permet de cultiver la remémoration de certains événements. Selon Halbwachs, cet entourage serait même essentiel à la mémoire. Il illustre notamment cette pensée en évoquant les souvenirs d’enfance qui sont fortement influencés par les indications de nos proches.

Si l’on accepte majoritairement la plasticité de notre mémoire, une petite communauté de gens perçoit quant à elle les choses d’une toute autre manière et développent ainsi des théories différentes sur la raison de souvenirs biaisés. En 2005 par exemple, quand Fiona Broome assiste à une conférence, une conversation prend une tournure plutôt particulière lorsque plusieurs personnes, elle comprise, affirment que Nelson Mandela est mort en prison en 1980. Ne croyant pas à un faux souvenir collectif, Fiona Broome appuie alors l’hypothèse des réalités multidimensionnelles. D’après elle, la mémoire collective est infaillible. Si nos souvenirs sont bons, donc, c’est la réalité qui change. Dans cette théorie, nous vivons dans une infinité d’univers parallèles où les réalités peuvent parfois se heurter.

Psychologie sociale ou physique quantique ? Qu’il soit le résultat d’une erreur de la mémoire collective ou d’une distorsion de la réalité, ce que l’on nomme l’effet Mandela en trouble plus d’un. La mémoire nous dit « Looney Toons », la réalité répond « Looney Tunes ». On pense que Pikachu a le bout de la queue noir, que la Joconde est vide d’émotion, que le penseur de Rodin garde un poing fermé sur son front, qu’il y avait quatre personnes dans la voiture de John F. Kennedy lors de son assassinat… Pourtant, rien de tout cela n’est véridique. Vous vous en souveniez ?

- Amélie Couture