La science, ce n’est pas seulement les trous noirs, la supraconductivité et la génomique, mais aussi la science de l’homme et de la société. Dans mon cas, l’économique, c’est la science de la maison. Économique vient du grec οικοs, qui veut justement dire maison.

 

par Pierre Fortin, du Département des sciences économiques de l’Université du Québec à Montréal.

J’ai consacré ma carrière scientifique à un tas de sujets qui nous touchent de près comme le chômage, l’inflation, les salaires, les taux d’intérêt, la croissance, le vieillissement, l’assurance-chômage, le salaire minimum, les finances publiques, les garderies, etc. La maison, justement.

Albert Einstein avait raison de dire que la science n’existe pas et ne peut aider vraiment tant qu’elle n’est pas communiquée clairement et au plus grand nombre. Je me suis en effet impliqué à fond dans la vulgarisation scientifique. Rien de plus tripant que de présenter un jour un séminaire scientifique à l’université d’Oxford, en Angleterre, puis le lendemain une conférence à la chambre de commerce de Beauceville. De faire une présentation technique à la Banque du Canada, puis le lendemain de rédiger ma chronique mensuelle pour le magazine L’actualité (n’oubliez pas de renouveler votre abonnement pour Noël !).

Il est impératif que nous fassions un effort individuel et collectif accru pour développer la culture scientifique chez nous et chez nos enfants. La culture scientifique, c’est celle qui clame haut et fort qu’il y a des affirmations qui sont vraies et d’autres qui sont fausses, que la vérité, ce n’est pas ce qui nous fait sentir bien dans notre peau (genre « t’as droit à l’opinion qui te plaît, fie-toi sur ton vécu, man »), mais ce qui existe réellement, hors de nous et indépendamment de nous, que cela fasse notre affaire ou non.

Je rêve que nos meilleurs communicateurs scientifiques, comme Martin Carli et Pierre Chastenay à Télé-Québec, Charles Tisseyre et Yannick Villedieu à Radio-Canada, Valérie Borde et Dominique Forget à L’actualité, finissent par acquérir ne fût-ce que le tiers de la popularité de Véronique Cloutier, Louis-José Houde, Guylaine Tremblay et Louis-Jean Cormier. Sans rien enlever à nos artistes chouchous, cela pourrait améliorer grandement notre capacité de contribuer au patrimoine de l’humanité et à notre propre bien-être, tout en nous procurant plein de fun.