


Le
blogue:
Un grand appétit pour se joindre à la conversation
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Ils
jugent la couverture médiatique biaisée, voire
contrôlée par les grandes corporations. Ils sont
mécontents du peu d'attention que leur accordent les
médias. Ils sont déçus du sensationnalisme
des journalistes. Ils ont donc choisi de prendre eux-mêmes
la parole et de créer leurs propres médias sur
Internet. S'agit-il des altermondialistes? Non, de certains
scientifiques.
"Quand
la science devient de la nouvelle, elle est souvent couverte,
non par les journalistes scientifiques, mais par des généralistes.
Qui plus est, par manque d'espace, ils sont forcés
de faire rentrer la science dans des petites cases très
inconfortables", résume le modéliste des climats
Gavin Schmidt, un de ces scientifiques qui a décidé
de prendre lui-même la parole sur Internet.
Pas
n'importe où sur Internet. Sur un blogue dont il est
l'un des fondateurs, appelé Real
Climate.
Le
blogue est en partie une simple page web, en partie un outil
encore récent (voir Qu'est-ce
qu'un blogue) dont l'explosion phénoménale
témoigne d'un besoin dans la population: celui de
parler. Une frange importante de la population ne se reconnaît
plus dans les médias "traditionnels" et trouve dans
ce nouvel outil une occasion pour prendre la parole, participer
au débat public, expliquer ce qui lui tient à
cur ou simplement s'afficher.
Ma
participation au blogue, explique Normand Mousseau, physicien
à l'Université de Montréal et un des
participants au blogue
de l'Agence Science-Presse, est un moyen dexpliquer
la science, mais aussi une occasion de dénoncer certaines
pseudo-sciences comme lhoméopathie, qui déforment
des réalités scientifiques à travers
des filtres idéologiques trop largement véhiculés.
Loin
du scientifique enfermé dans sa tour d'ivoire, Gavin
Schmidt a trouvé lui aussi dans le blogue un outil
salutaire. Et dans son cas le problème du réchauffement
planétaire il y a eu deux événements-déclencheurs:
le film Le Jour d'après (The Day After Tomorrow)
dont l'aspect scientifique était "tellement mauvais",
et surtout le best-seller de Michael Crichton, State of
Fear, qui nie la réalité du réchauffement.
Nous voulions, explique celui qui a rassemblé une demi-douzaine
de collègues, "que nos arguments, nos explications,
nos objections, soient rassemblés dans un seul lieu."
Et dans un langage simple.
Depuis
décembre 2004, les visiteurs de Real Climate
commentent, posent des questions, amènent des idées
nouvelles: c'est là la base même du concept de
blogue. D'autres blogues hyperlient vers celui-ci qui hyperlie
vers d'autres et d'autres encore, créant petit à
petit une blogosphère, que les plus optimistes voient
comme une future conversation planétaire.
Impact
sur la vulgarisation
Les
trois scientifiques de l'American Journal of Bioethics
voient leur blogue (Bioethics.net)
comme un outil pour "couvrir un spectre aussi large que possible
de la bioéthique", là où les médias
n'en disent pratiquement pas un mot.
Les
physiciens de Quantum Diaries un des blogues
scientifiques les plus ambitieux se voient comme éducateurs
et vulgarisateurs: "ce projet n'est pas seulement sur la physique;
il parle de ce que signifie être un physicien" en cette
année internationale de la physique. Plus modestement,
les cinq collaborateurs de Cosmic
Variance veulent que leur blogue "parle de tout ce
que nous trouvons intéressant", afin de faire comprendre
aux gens que le physicien n'est pas l'animal bizarre qu'ils
imaginent.
Même
les journalistes scientifiques américains s'en mêlent.
Parents pauvres de leurs médias respectifs (peu d'espace,
peu d'appuis), plusieurs ont ouvert depuis 2002-2003 des blogues,
ce qui leur donne bien plus de latitude pour traiter des sujets
qui leur tiennent à cur. Et les meilleurs se
détachent déjà du lot: Carl Zimmer, Chris
Mooney, David Bradley...
Tout
cela ne risque-t-il pas de créer une cacophonie? Indubitablement.
Alex Halavias, qui étudie à l'Université
de Buffalo "l'impact social des blogues dans la vie publique",
insiste sur l'existence de "plusieurs blogosphères",
et non d'une seule, qui créent très peu d'hyperliens
entre elles. Mais on a déjà dit la même
chose avec l'apparition, au XIXe siècle, des journaux
quotidiens pour large public ("qui aura le temps de lire tout
ça?") et le résultat net est tout de même
que davantage d'informations atteignent davantage de citoyens.
"J'ai le sentiment, écrivait
Halavias l'an dernier dans l'Online Journalism Review,
que la production de médias publics blogues,
wikis ou d'autres formes que je suis trop borné pour
imaginer sera la force dominante d'une nouvelle ère."
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Cet article a été
mis en ligne le 25 novembre 2005.
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