J’ai commencé mes études par une école d’ingénieur et j’ai ensuite fait un doctorat en astrophysique. Mais je suis aujourd’hui journaliste scientifique. Pourquoi me suis-je reconvertie?

Je n'avais jamais envisagé cette carrière de journaliste auparavant. Même si ce métier m'a paru une évidence après coup, je n'y avais jamais pensé avant ma dernière année de thèse, quand il a fallu que je décide vraiment ce que je voulais devenir. Car finalement, rien ne s'était encore arrangé (évidemment) au niveau de la crise et des places disponibles.

Je savais donc que si je me lançais dans une carrière en recherche, il me fallait envisager la possibilité d'enchaîner 8 à 10 ans de «post-doc», de courts contrats de recherche d'une ou deux années, sans garantie d'avoir quoi que ce soit comme poste en recherche à la fin. Une bonne introspection était donc indispensable avant de se lancer là-dedans! Avais-je envie de ça?

J'ai finalement répondu «non» à cette importante question et ce, pour trois raisons principales.

D'abord, pendant ma thèse, j'ai aussi fait une mission doctorale de médiation scientifique et j'ai découvert le plaisir d’expliquer les sciences à des non-scientifiques, de trouver les bons mots, les bonnes images, les bonnes métaphores. J'ai découvert que c'était un vrai métier. Je ne m'étais jamais vraiment posé la question avant, quand je lisais Science & Vie, de qui écrivait pour eux, quand je visitais la Cité des Sciences à Paris ou le musée gallo-romain de Lyon, de qui avait fait les expositions. Je n'avais jamais formulé l'idée que des personnes avaient fait de cela leur métier et pouvaient en vivre. Une révélation! J'ai alors participé à un maximum de formations (sur le web ou via mon école doctorale), participé à des festivals, des manifestations, des animations. Je voulais avoir un maximum d’expériences, un maximum d’impressions sur ces métiers, qui faisait quoi et comment, pourquoi. C'est d'ailleurs à ce moment là que Sébastien Carassou a créé son collectif de médiation scientifique, Conscience, et je me suis jetée dans les projets associés avec enthousiasme!

Un jour, sur un coup de tête, j'ai participé à un concours d'écriture de nouvelles, en écrivant un court texte de science-fiction. J'ai vu l'annonce et le sujet m'a plu. Je me suis dit que j'allais écrire quelques idées sur une feuille pour voir si je serais capable de participer et en moins d'une demi-heure, j'avais fini un texte complet. Pas un chef-d'oeuvre, bien sûr, mais un truc qui se tenait et dont j'étais plutôt satisfaite. J'ai donc envoyé mon texte à peine quelques heures après avoir pris connaissance du concours et j'ai finalement reçu un prix «coup de coeur» du jury. Je me suis alors dit que je ne devais pas écrire trop mal et surtout, j'y avais pris beaucoup de plaisir! Ce fut ma raison numéro 2. Je n'ai d'ailleurs pas arrêté d'écrire et j'écris parfois encore aujourd'hui de petites nouvelles de SF.

J'ai d'ailleurs toujours eu un petit côté littéraire: au lycée, je me suis passionnée pour le théâtre (à voir, pas à faire !) et j'aimais les dissertations de français et philosophie; en prépa, les cours de français me passionnaient; en école d'ingénieur, j'étais présidente de la délégation culture; en thèse, j'ai participé à l’organisation d’un festival mêlant cinéma et science...

Enfin, j'ai voulu réfléchir à tout ce que j'avais déjà fait et déterminer ce qui m'avait le plus plu jusque-là (ce travail sur moi-même effectué à ce moment-là m'aide d'ailleurs beaucoup aujourd'hui pour écrire ces textes!). J'ai alors réalisé pour la première fois à quel point j'avais papillonné dans ma vie.

Dans mes études: des maths à l'ingénieurie à la recherche. Dans ma vie personnelle: Marseille, Lyon, Toulouse, Paris, Oxford. Mais surtout dans mes stages: de la médecine spatiale à l'astrophysique (observations et simulations), en passant par la physique nucléaire et l'informatique. Sans jamais trouver de sujet qui m'aurait fait dire «je veux faire ça tout le reste de ma vie». Et je me suis alors dit que, si je pouvais trouver un métier qui ne m'oblige pas, comme la recherche, à être la spécialiste d'un tout petit sujet pour réussir, si je pouvais continuer à toucher à tout, tout le temps, ce serait vraiment chouette. Je voulais être papillon professionnel.

Et un seul métier, à ma connaissance, réunit tout cela, les sciences variées, l'écriture et la médiation scientifique: le journalisme scientifique.

Il m'a fallu du temps pour faire cette analyse et me décider à passer de la réflexion à la réalité. Il y avait aussi des inconvénients à changer de branche professionnelle: le prix de la formation, redevenir étudiante à temps plein sans être payée, déménager à Lille quand une personne m'attendait sur Paris. Et la réaction de mon entourage m'inquiétait.

Finalement, mes proches m’ont bien soutenu, même si mes parents m’auraient bien vu continuer dans la recherche, pour eux la plus noble des voies. Mais ils ont vu depuis à quel point je m’épanouis dans cette année de cours de journalisme et je pense que ça suffit à les convaincre.

J’ai longtemps hésité à en parler à mes directeurs de thèse. Après tout, ils avaient essayé de me former pendant 3 ans à une carrière que j’abandonnais avant même de l’avoir commencée. L’un de mes directeurs m’a tout de suite soutenue: il a compris mon intérêt pour la médiation scientifique et se dit heureux de voir qu’il existera quelques journalistes scientifiques qui sauront de quoi ils parlent (une mauvaise expérience passée, peut-être?). L’autre a été plus réticent, d’une part parce que mes résultats étaient plutôt bons et que je pouvais selon lui tenter ma chance en recherche, d’autre part parce qu’il ne me connaissait sans doute pas aussi bien qu’il voulait le croire…

J’ai donc pris des mois pour réfléchir à tout cela et je me suis finalement inscrite au concours d’entrée de mon école de journalisme au dernier moment! Très peu de temps pour réviser ou préparer quoi que ce soit… Mais j’ai quand même été reçue, à mon grand soulagement (aurais-je pu continuer dans la recherche après avoir fait tout ce travail sur moi-même? aurais-je osé me lancer dans le journalisme scientifique sans formation?!!)

À noter que j’ai soutenu ma thèse alors que j’avais déjà commencé mes cours de journalisme, ce qui a rendu la tâche un peu ardue. Je ne conseille pas! Mais j’ai l’habitude de tout faire à la fois (après tout, j’ai bien fait un master en même temps qu’un diplôme d’ingénieur et de la médiation en même temps que ma thèse: je pouvais finir ma thèse en même temps qu’apprendre le journalisme…).

Et donc, après toutes ces études et ces revirements, je serai officiellement diplômée «Journaliste & Scientifique» (l’école tient au «et»!) en octobre prochain.

Et maintenant? (à suivre)