Me voici arrivée au pays de Nessie, tout juste capable de dire "Hello, my name is Emilie". Pourquoi n'avais-je pas écouté les conseils de gens bilingues qui me disaient que l'accent écossais était un des plus durs à comprendre ? En même temps, quand on ne comprend pas un mot, que l'accent soit difficile ou non à saisir, l'anglais reste une langue étrangère aux premiers abords incompréhensible. OK, cet anglais que j'ai appris est coloré d'expressions surprenantes mais l'Écosse est certainement un pays que je recommande pour apprendre la langue de Shakespeare. Les gens vous mettront tout de suite à l'aise et feront tout pour vous comprendre.

Que vient faire Yellowstone en Écosse ?

Comme je le mentionnais dans un billet précédent, je me suis envolée pour l'Écosse afin de suivre une licence de biologie animale (BSc Animal Biology). Leur licence est faite en 3 ans et en ayant déjà étudié 2 ans en France, j'ai pu rejoindre directement leur 3ème année. Je n'allais pas m'arrêter là. J'ai suivi une 4ème année, de "spécialisation", pour obtenir une licence honorifique (BSc Honours) qui me permettrait alors de faire une maîtrise en un an à peine. La maîtrise (MSc Wildlife Biology and Conservation) quant à elle, se déroulait selon plus de cours magistraux, une analyse de population animale de notre choix, un voyage de 3 semaines dans une réserve africaine, et une étude de terrain de 2 mois. Quel programme !

Au cours de ces 3 ans, mon sujet d'intérêt principal tournait autour du parc national de Yellowstone. Préférais-je maintenant les paysages grandioses et colorés du continent américain aux animaux. Que nenni ! Yellowstone était pour moi synonyme de loup gris (Canis lupus), de grizzlis (Ursus arctos) et de toute une communauté de carnivores aux comportements des plus captivants. Le parc naturel de Yellowstone est le premier parc national créé dans le monde (1872). Ce parc est aussi le reflet de l'équilibre fragile de la nature. Dans les années 1930, le loup gris fut extirpé du parc. L'écosystème s'effondra alors sous la pression de broutage des wapitis (Cervus canadensis) dont les populations s'agrandirent à vue d'œil. Toutefois, le loup fût réintroduit en 1995 et depuis le parc fleurit à nouveau. Les populations de wapitis sont tenues au garde-à-vous par le prédateur. Il y a à nouveau de la nourriture pour d'autres herbivores. Même les berges remplissent à nouveau leur rôle structurant, maintenant le lit des rivières. Cette action de conservation est sans nul doute un des grands exploits du 20ème siècle.

Toutefois, mon intérêt grandissant pour ce parc advint lorsqu'on me proposa d'analyser l'état des populations de grizzlis du parc. À l'époque, le grizzly était encore une espèce classée sur la liste rouge des États-Unis. Mon directeur de thèse qui était un des consultants externes sur le dossier, me proposa d'écrire certaines recommandations pour pouvoir "délister" l'espèce. Ce fût mon premier contact avec le monde de la conservation, qui orienta à tout jamais mes choix professionnels.

Et la brousse dans tout ça ?

Après m'avoir entraînée par la pensée sur le continent américain, le master allait m'emmener physiquement en Afrique, au milieu des antilopes, des zèbres et des Big Five. Avez-vous déjà ressenti des émotions fortes pour quelque chose d'inconnu ? L'Afrique noire était pour moi cet inconnu. Les couleurs, les musiques, les ambiances, tout me faisait vibrer sans que je sache pourquoi. Et voilà que j'allais rencontrer cet inconnu ! Et j'allais le rencontrer sans un seul vêtement de rechange. Comme première impression, on fait mieux ! Mon sac de voyage n'était pas arrivé en même temps que moi et pendant 3 jours, j'ai dû parcourir la savane au milieu des gnous en t-shirt rose fluo où mon surnom de master était inscrit. C'est ce qui s'appelle avoir le style !

Ce voyage avait pour but d'apprendre à gérer les stocks d'animaux dans une réserve selon la taille de cette dernière. Mes camarades de classe et moi devions aussi participer dans les inventaires floraux, les actions préventives contre les feux de brousse et la capture de certains individus herbivores pour les déplacer hors de la réserve. Nul besoin de décrire le fun que nous avons eu et les rencontres inattendues lors d'explorations de la réserve. Ma rencontre préférée a d'ailleurs été celle avec un zorille du cap (Mellivora capensis), réputé pour son mauvais caractère mais définitivement monté sur ressort. Un clown malgré lui ! Il y eut aussi la rencontre avec Patrol, le plus vieux rhinocéros mâle de la réserve Mankwe qui avait tissé un lien tout particulier avec le gérant de la réserve.

Cela fait 10 ans que je ne suis pas retournée sur le continent noir. Est-ce par manque d'envie ? Certainement pas ! Est-ce parce que je me remémore ces 3 semaines comme s'il s'agissait d'un conte fantastique, une histoire irréelle qui ne peut prendre à nouveau forme ? Probablement. Et pourtant je sais que je poserai un jour une partie de mes valises dans cette savane aux couleurs chaudes. En attendant, il y a toute une palette de couleurs à explorer, et je vous parlerai plus dans un prochain billet.