Quand on se lance dans une thèse en physique, on cherche forcément à répondre à certaines questions profondes pour comprendre le monde qui nous entoure. Mais tout cela n'empêche pas de se retrouver tôt ou tard face à LA question qui nous fait surtout réfléchir au fonctionnement de notre propre monde : "Un doctorat en physique, mais…pourquoi?!". Peut-être est-ce juste l'approche de la fin du doctorat qui me pousse à l'introspection et à la réflexion mais je pense être enfin prêt à répondre pleinement à cette question! Vous verrez que le chemin qui m'a conduit au doctorat n'était pas une simple ligne droite logique et que ce sont surtout les rencontres avec de très belles personnes qui ont fait de moi celui que je suis aujourd'hui.

Il me semble que c'était à l'école primaire que j'entendais pour la première fois parler du doctorat, lorsque quelqu'un - peut-être moi, c'est un peu flou - a demandé quel était le plus gros diplôme qu'on pouvait avoir! Je me souviens m'être dit "Wahou ! Ça doit être incroyable d'arriver à ce niveau-là!", et cette idée m'est restée dans la tête pendant toute ma scolarité.

Comprenez-moi bien : sans être un but en soi, le doctorat était simplement devenu pour moi une sorte d'idéal de réussite intellectuelle. Par contre, lorsque ma passion pour la science a daigné pointer le bout de son nez (vers mes 17-18 ans), je me refusais tout simplement l'idée de faire un jour un doctorat - sûrement par peur d'échouer, il faut bien l'avouer. Je doutais énormément et j'ai juste laissé la curiosité me guider là où elle le voulait, sans trop me poser de questions.

J'ai alors quitté mon Nord de la France natal pour rejoindre Orsay (au sud de Paris) et son Magistère de physique fondamentale. C’est là où j'ai découvert, entre autres, les "joies" de la mécanique quantique. Là-bas, j'étais en permanence entouré de véritables chercheurs et chercheuses, qu'ils ou elles soient mes professeurs ou mes chargés d'exercices.

Cet entourage a fini par rendre le monde de la recherche et le doctorat de plus en plus attrayants. C'est à ce moment-là que tout est parti très vite! Arrivé à la maîtrise mon cursus m'obligeait à faire un stage de recherche à l'étranger. Problème : je n'avais absolument aucune idée où me rendre… mes professeurs m'ont répondu : "il y a un super groupe de recherche à l'Université de Sherbrooke au Québec".

Au Québec

En passant sur le fait que je pensais que le Québec était un pays à l'époque - la géographie n'est pas du tout mon truc -, j'ai ainsi fini par passer mon premier été au Québec en 2011, dans le groupe de physique expérimentale du professeur Louis Taillefer à l'Université de Sherbrooke. Jusque-là, le doctorat me paraissait très loin, encore une fois par manque de confiance en moi.

Le moment-clé est venu à la fin de mon stage dans le groupe du Pr Taillefer. J'avais besoin d'approfondir ma connaissance de la théorie dissimulée derrière les expériences réalisées par le groupe. On m'a alors conseillé de rencontrer le professeur André-Marie Tremblay, toujours à l'Université de Sherbrooke.

J'avais déjà entendu parler de lui un tout petit peu - toujours en des termes très flatteurs - et je m'attendais donc à rencontrer une "grande personnalité de ce monde". Non seulement, tout ce que j'avais entendu à son propos était vrai, mais quelque chose de très important avait été omis : sa grande simplicité !

Dernière ligne droite vers le doctorat

Nous avons discuté pendant une quarantaine minutes et les seules choses qui me venaient en tête étaient "il est vraiment très fort" et "il est vraiment très modeste". Cerise sur le gâteau : il me propose de faire mon dernier stage de recherche et puis un doctorat à ses côtés! Constatant l'engouement qu'il suscitait chez moi pour le doctorat, il m’a simplement dit : "J'espère que je ne te décevrai pas !".

André-Marie est désormais mon directeur de thèse et je pense qu'il est important que je lui dédie le dernier paragraphe. J'ai eu l'opportunité de travailler aux côtés d'une véritable encyclopédie de la physique, aussi généreuse qu'attentive. Mais c'est surtout une chance incroyable qu'il ait toujours su garder un peu de cet esprit enfantin lui permettant de transmettre le côté fun de la science. Je pense sincèrement qu'aucun autre doctorat n'aurait pu être aussi plaisant et formateur pour moi.

« André-Marie, tu ne m'as jamais donné l'occasion d'être déçu, d'autant plus que tu m'as toujours soutenu dans tous mes projets, y compris dans mes projets de vulgarisation qui prenaient beaucoup de temps et débordaient sur mon temps de recherche. Je peux juste te dire une chose : Merci ! » Quant à tous ceux qui m'ont accompagné dans ce récit, retenez juste ceci : on peut passer beaucoup de temps à douter de soi avant de rencontrer une très belle personne qui nous fera réaliser notre plein potentiel !

Alexis Reymbaut - Étudiant au doctorat en physique théorique et vulgarisateur scientifique 
à l'Université de Sherbrooke. - Innovateur à l'école et administrateur au Conseil du loisir scientifique de l'Estrie (CLSE).