Comme certains de mes collègues - voir « Comment je suis devenu prof de sciences, épisode 1 : les mauvais profs » d’Eric Leeuwerck -, mon intérêt pour l’enseignement n’est pas né à l’école.

Nous étions en Lorraine, dans le Nord-Est de la France, au milieu des années 70 - ce qui en dit long sur mon âge... sans recourir nécessairement à la datation au carbone 14 ! - et mes premiers échanges avec mon enseignante d’alors ne m’ont pas laissé présager que je deviendrai un beau jour… un professeur !

J’ai encore en mémoire les paroles de cette enseignante de maternelle qui avait assuré à mes grands-parents, qui me gardaient jadis, que je n’avais pas de talent pour faire des études (!!).

Mauvais présage ou oracle funeste ? Toujours est-il, lecteur, tu le devineras, à la lecture de cette rubrique, qu’il était erroné ! Comme quoi, même chez les enseignants, la rigueur scientifique n’est une vertu partagée entre tous et ceux qui posent des hypothèses non fondées et qui découvrent plus tard, que le résultat est faussé.

Mal aimé ou mal aimante

Je n’étais ni plus mauvais, ni plus talentueux qu’un autre, mais cette enseignante m’avait pris en grippe. Mes dessins étaient mal foutus, mes peintures étaient laides, mes bricolages étaient décadents. À ces yeux, Picasso, Dali, César ou d’autres n’auraient pas eu la carrière et l’admiration dont ils jouissent encore.

Peut-être les chaussures de mon enseignante étaient trop petites et ainsi, avait-elle mal aux pieds ? Peut-être que son cœur s’était endurci suite à une peine qu’elle n’arrivait pas à surmonter ? Peu importe la raison, elle me détestait. La bonne nouvelle, et je l’appris par la suite, est qu’elle était remplaçante.

La remplaçante à remplacer

Je dois ouvrir ici une parenthèse pour m’adresser aux suppléants et aux élèves, qui les accueillent. Un remplaçant est un enseignant qui arrive à l’improviste - parfois appelé le matin même - pour prendre au pied levé une classe qu’il ne connait pas et enseigner des thèmes qu’il a jadis appris, mais qu’on lui demande de maitriser à la perfection de façon ad hoc. C’est comme demander à Sydney Crosby de jouer nu pied sur la glace avec pour seul accessoire un manche à balai, tout en souhaitant qu’il mène l’équipe à la victoire ! Fin de la parenthèse.

Quelques semaines ou mois plus tard, c’est donc la titulaire de la classe qui reprit donc sa place. Je repris la mienne, dans la normalité, n’étant ni pire, ni meilleur qu’un autre, mais ni plus, ni moins aimé qu’un autre. L’année s’est écoulée comme s’écoulent les saisons et je me suis retrouvé l’année suivante dans une autre école - non pas pour fuir cette enseignante suppléante, mais parce que mes deux grands-parents étaient décédés, l’un après l’autre, à deux semaines d’intervalle – car il était plus commode pour mes parents de m’envoyer dans une école plus proche de leur lieu de travail.

J’entrais donc au primaire…