L’été approche. Bientôt, les promeneurs s’égaieront dans les bois. La nature fourmillera de vie et de bibittes plus ou moins sympathiques. Que vous viviez au Québec, en France ou en Belgique, vous pourriez croiser sur votre chemin un petit acarien qui n’a l’air de rien, mais qui cache en son sein des pouvoirs peu anodins. Bienvenue dans le monde merveilleux des tiques.

 

La tique, c’est quoi ?

Pour vous donner une idée d’à quoi cela ressemble, pensez à quelque chose de tout petit, comme une graine de pavot ou de sésame. Pensez aussi à quelque chose de lisse et plat, du papier ciré, par exemple. Pensez aussi à l’incroyable Hulk. Quand la tique aspire le sang, son abdomen grossit et gonfle et se distend.


Résultat : à jeun, la tique, toute menue, fait moins de 5 mm. Repue, elle ressemble à un grain de beauté surélevé, de 1,5 cm.

La tique se nourrit de sang. L’espèce qu’on trouve au Québec est Ixodes scapularis, la tique du chevreuil. Les larves et les nymphes préfèrent les petits mammifères, comme les souris ; les adultes, les cerfs de Virginie, détaille la Dre Catherine Bouchard, vétérinaire épidémiologiste et spécialiste des tiques. 
Mais elles ne sont pas difficiles. Du sang humain fait autant l’affaire.

Où les trouve-t-on ?

Les tiques vivent dans les bois, mais pas n’importe lesquels : les forêts de feuillus. Elles ont besoin de l’humidité que leur procure la litière de feuilles pour survivre. 
 Donc… forêt de conifères, pas de tiques ; sentier bien aménagé, pas de tiques non plus.

Pour trouver son repas, la tique grimpe sur les herbes, les buissons et les fougères. Puis elle se positionne à l’extrémité d’une feuille et tend ses toutes petites pattes dans le vide. La tique a des organes sensoriels très puissants sur ses pattes avant et sur ses pièces buccales. Elle perçoit la chaleur, la vibration, le CO2 : autant d’indices qui lui signalent que son repas approche.
Lorsqu’un animal à sang chaud la frôle, elle s’accroche à ses poils, puis s’enfonce dans son pelage à la recherche d’un petit bout de peau.

Faut-il s’inquiéter ?

Les tiques transmettent la maladie de Lyme. Mais, comme je l’ai expliqué dans un précédent billet, il est tout à fait possible de se prémunir des infections. En effet, il y a un délai de 24 heures entre le moment où la tique vous pique et le moment où elle peut vous transmettre une maladie. Ça laisse largement le temps de se débarrasser de l’intruse. 
La Dre Bouchard a récolté des milliers de tiques lors de ses recherches. Elle a été piquée de nombreuses fois… sans jamais craindre pour sa santé.

La première chose à comprendre, signale-t-elle, c’est qu’on ne sent pas la piqure de la tique. Rien, nada, niente.

La tique possède un arsenal de substances qui endorment notre méfiance et la laissent prendre son repas en toute tranquillité : antihistaminiques, anticomplément, vasodilatateurs, anticoagulants, fibrinolytiques, etc.

Comment éviter de se faire piquer par une tique ?

Au Québec, on retrouve les tiques dans les forêts de feuillus de Montérégie, d’Estrie, du Centre-du-Québec et de l’Outaouais.

Les personnes qui ont le plus de chances de rencontrer des tiques sont celles qui passent du temps en forêt : les travailleurs forestiers, les militaires, les chasseurs, les amoureux du hors-piste.

Pour éviter les tiques, moustiques, mouches noires et mouches à chevreuil, la meilleure solution reste la protection physique, c’est-à-dire les vêtements… longs. On recommande aussi de porter les chaussettes au-dessus du pantalon pour restreindre l’accès aux mollets. 
 Mais comme cela n’est ni esthétique ni confortable durant l’été, on peut aussi recourir aux pesticides. Le DEET éloigne les tiques même s’il ne les tue pas. La perméthrine est un acaricide extrêmement efficace, mais à n’utiliser que sur les vêtements.

Prévenir les piqures de tiques

Maintenant que vous savez ce que sont les tiques, comment et où elles vivent, vous savez ce qu’il vous reste à faire :

  • Si vous vous promenez dans une zone à risque, inspectez votre corps lorsque vous rentrez à la maison. Le vôtre et celui de vos enfants. Selon la Dre Bouchard, « les enfants de 5 à 10 ans sont plus à risque que les adultes : ils jouent dehors et sont à la bonne hauteur. »
  • Pour vous inspecter, le mieux est de vous voir au complet, donc tout nu dans la salle de bain, idéalement avec une autre paire d’yeux pour le dos, la tête et les épaules.
  • Si vous voyez une tique, l’eau est votre meilleure amie (bain ou douche, même combat). Elle va laver les tiques qui ne sont pas encore attachées.
  • Tique sur vous = tique dans vos vêtements. En passant vos habits 10 minutes à la sécheuse, vous tuez les tiques. Aussi simple que ça.

 

Malgré toutes ces précautions, une tique est accrochée à votre peau ? Surtout, pas de panique. Il faut 24 heures pour que la tique transmette quoi que ce soit comme maladie.

Avec des pinces fines, attrapez délicatement la tête de la tique, parallèlement à la peau, et le plus près de la peau possible. Puis, tirez délicatement, avec un petit coup sec, vers le haut en gardant un angle de 90 ° par rapport à la peau. Vous pouvez également vous procurer des pinces à tiques. Dans tous les cas, désinfectez la plaie.

À ne pas faire : toute autre méthode pour arracher la tique. La tique est une petite bête fragile, il est facile de la briser. Dans ce cas, la tête reste à l’intérieur de la peau et… le risque de transmission de maladies est plus grand.

 

Sources :

  • Dre Catherine Bouchard, vétérinaire épidémiologiste, agente de recherche au Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et en santé publique de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal et coordonnatrice de l’Observatoire multipartite québécois sur les zoonoses et l’adaptation aux changements climatiques
  • Agence de la santé publique du Canada http://www.phac-aspc.gc.ca/phn-asp/2013/lyme-0730-fra.php
  • Tick Encounter (en anglais et avec plein d’images) www.tickencounter.org

 

Ce billet a d'abord été publié sur le site BriteSciences.