Avec plus de 300 billets d’écrit depuis le début de ce blogue à l’automne 2010, je commence à avoir traité pas mal de sujets. De sorte que lorsque je creuse dans mon document de liens potentiellement intéressants pour ce blogue, j’ai le goût d'en rejeter plusieurs parce qu’entretemps j’ai traité de ces sujets dans d’autres billets. Mais ces études demeurent intéressantes et je vous propose donc aujourd’hui un petit florilège de sujets déjà traité à travers des liens plus récents.

Commençons par deux articles en rapport avec le sujet traité la semaine dernière : l’isolement social. L’étude intitulée « “Dorsal raphe dopamine neurons represent the experience of social isolation” et rapportée sous le titre « What Loneliness Looks Like in the Brain » sur le site web Knowing Neurons fait état de l’implication du noyau dorsal du raphé dans les comportements sociaux. Grâce aux techniques d’optogénétique, on a pu démontrer que l’activation de ces neurones dopaminergiques chez la souris favorisait les comportements sociaux. Est-ce que cette structure a conservé ce rôle chez l’humain, considérant l’importance que l’on sait des liens sociaux chez notre espèce ? Le cerveau humain est beaucoup moins facile à étudier que celui de la souris. Mais déjà cette découverte donne une bonne idée du caractère évolutivement ancien et donc adaptatif des comportements sociaux chez plusieurs espèces de mammifères, dont la nôtre.

Il n’est donc pas surprenant de constater les effets délétères de la réduction de cette socialisation chez l’humain. Dans l’article « Neoliberalism is creating loneliness. That’s what’s wrenching society apart”, du journal The Gardian, George Monbiot faisait, en octobre dernier, le dur constat suivant : les maladies mentales atteignent un niveau épidémique en détruisant des vies par million et il serait temps qu’on se demande pourquoi. Et au cœur du problème, il y a pour lui cette idéologie néolibérale qui sévit maintenant depuis des décennies partout dans le monde et qui brise les liens sociaux en favorisant un individualisme à tout crin.

“There are plenty of secondary reasons for this distress, but it seems to me that the underlying cause is everywhere the same: human beings, the ultrasocial mammals, whose brains are wired to respond to other people, are being peeled apart. Economic and technological change play a major role, but so does ideology. Though our wellbeing is inextricably linked to the lives of others, everywhere we are told that we will prosper through competitive self-interest and extreme individualism.”

Dans cet article remarquable, Monbiot rappelle à quel point le réconfort social a des effets physiologiques notables. Comment, aussi, la douleur psychologique découlant d’un manque de contacts sociaux et la douleur physique sont très similaires pour le cerveau.

« If social rupture is not treated as seriously as broken limbs, it is because we cannot see it. But neuroscientists can. A series of fascinating papers suggest that social pain and physical pain are processed by the same neural circuits. This might explain why, in many languages, it is hard to describe the impact of breaking social bonds without the words we use to denote physical pain and injury. In both humans and other social mammals, social contact reduces physical pain. This is why we hug our children when they hurt themselves: affection is a powerful analgesic. Opioids relieve both physical agony and the distress of separation. Perhaps this explains the link between social isolation and drug addiction.”

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Ma trouvaille suivante date de 2014, mais est on ne peut plus d’actualité suite aux récentes élections américaines. Comme l’indique le chapeau de l’article de Crhis Mooney dans le magasine Mother Jones, si il y a dix ans l’existence de différences psychologiques entre les conservateurs et les progressistes (« liberals », en anglais) était controversée, on a aujourd’hui de la difficulté à ne pas y croire tellement de données se sont accumulées. J’avais d’ailleurs rapporté ici deux de ces études : Quand la peur nous fait réagir en conservateur et Le dégoût derrière nos choix, même politiques ?. Extrait de l’article de Behavioral and Brain Sciences qui faisait le point sur ces recherches :

« There is by now evidence from a variety of laboratories around the world using a variety of methodological techniques leading to the virtually inescapable conclusion that the cognitive-motivational styles of leftists and rightists are quite different. This research consistently finds that conservatism is positively associated with heightened epistemic concerns for order, structure, closure, certainty, consistency, simplicity, and familiarity, as well as existential concerns such as perceptions of danger, sensitivity to threat, and death anxiety.”

“Perceptions of danger, sensitivity to threat, and death anxiety” : on croirait lire les grands principes de la campagne électorale de Trump et de ses décrets depuis son élection…

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Pour terminer sur une note plus positives, deux activités dont on sait depuis longtemps qu’elles font du bien à notre cerveau, mais dont de nouvelles études viennent expliquer un peu mieux comment.

D’abord la musique. L’étude de James Hudziak et ses collègues rapportée dans cet article démontre que la pratique musicale augmente l’épaisseur de la matière grise du cortex dans des régions du cerveau associées à la mémoire de travail, au contrôle de l’attention et à des habiletés organisationnelles.

Et ensuite l’exercice. On ne compte plus les études qui démontrent que c’est bon tant pour le corps que pour le cerveau, en particulier la neurogenèse. Celle de Nokia et ses collègues publiée en février 2016 posait la question du type d’exercice qui avait les effets les plus bénéfiques sur le développement de nouveaux neurones dans l’hippocampe des cerveaux de rats : l’entraînement avec des poids, des intervalles ou de l’activité aérobie soutenue ? Et comme c’est cette dernière qui a remporté la palme, je vous laisse pour aller prendre ma marche rapide quotidienne dans le parc… ;-)